Fiche technique
Distribution
Lucien Guitry : le Grand-Duc
Sacha Guitry : Michel-Alexis
Polin : monsieur Vermillon
Jeanne Granier : mademoiselle Martinet
Yvonne Printemps : Marie Vermillon
Comédie en trois actes
Crée au Théâtre Édouard VII le 13 avril 1921 (100 représentations du 12 avril au 7 juillet 1921)
Monsieur Vermillon, qui a fait fortune, veut que sa fille Marie reçoive la meilleure éducation. Pour cela, il engage comme professeur de bonnes manières le grand-duc Feodor, chassé de Russie par la Révolution. La professeur de chant, Mademoiselle Martinet, conseille l’engagement d’un professeur de danse, le jeune Michel-Alexis. Or, Michel-Alexis est le fils de Mademoiselle Martinet, qui est elle-même l’ancienne maîtresse du grand-duc. Et Monsieur Vermillon est amoureux de Mademoiselle Martinet.
Lucien Guitry : le Grand-Duc
Sacha Guitry : Michel-Alexis
Polin : monsieur Vermillon
Jeanne Granier : mademoiselle Martinet
Yvonne Printemps : Marie Vermillon
La nouvelle comédie de M. Sacha Guitry est charmante... Elle est charmante et, cependant, son succès n’a pas été tout à fait franc. Le public gardait dans son approbation une sorte de retenue. Son attitude marquait une déception, trop légère à vrai dire pour s’exprimer nettement, un malaise trop subtil pour être précisé. D’où provient celte obscure résistance ? L’œuvre est de bonne marque ; le dialogue de même veine que celui de Nono, de La Prise de Berg-op-Zoom, de Je t’aime. Pourtant, le charme magnifique n’a pas opéré aussi sûrement que de coutume.
A constater cette gêne imprévue, une inquiétude s’éveille... Sacha Guitry tient, parmi les auteurs contemporains, une place de premier plan. La fécondité de sa production, l’originalité profonde de son talent, la persistance de son succès, font de lui un dramaturge d’influence prépondérante. Il n’est plus de nr.-c de le traiter sur un ton cl indulgence amusée, en grand enfant gâté. Il impose l’admiration. Mais, du même coup, il a affronte un péril. A mesure que l’auteur mûrit, on attend de lui davantage. On voudrait que celui qui nous surprit tant de fois nous étonnât encore. Or, pour cette fois, il n’y a point réussi. La comédie du Grand-Duc porte l’empreinte habituelle de sa grâce, de son incomparable séduction.
Il y manque ces trouvailles d’esprit, ces brusques poussées d’originalité que le spectateur attend et qui le ravissaient. Elle ne dépare pas la collection des livres de Sacha Guitry, mais ne l’enrichit point. Elle est faite d’éléments connus. Elle laisse apparaître beaucoup d’habileté, de la fantaisie, de la verve et quelque hâte... Ceci dit, l’aventure que nous conte l’auteur est divertissante. L’on y voit un nouveau riche, Vermillon, allègre, le teint frais et le ventre important ; Marie, sa fille, jeune personne futée, pimpante et vive dont le rire tinte heureux dans les salons dorés ; un grand-duc russe, nouveau pauvre du bolchevisme, qui enseigne à la séduisante héritière les langues étrangères et le code mondain ; Mlle Martinet, ex-actrice, présentement professeur de chant, et qui connut autrefois le grand-duc à Saint-Pétersbourg ; enfin, Charles-Alexis, fils de cette dernière et du noble russe, poète par vocation et moniteur de gymnastique à l’occasion.
Marie tombe amoureuse du séduisant Charles-Alexis, tandis qu’il lui apprend à manier les haltères. Vermillon s’éprend de la capiteuse Mlle Martinet, et, après plusieurs plaisantes péripéties que l’autorité du grand-duc noue et dénoue, la comédie s’achève par un double mariage. La pièce est, avant tout, une pièce d’acteurs. Elle est construite pour les mettre en valeur. Elle vaut par leur jeu. On ne peut imaginer interprétation plus éblouissante. Le grand-duc, c’est Lucien Guitry, et l’illustre acteur, qui s’est transfiguré de façon prodigieuse, en trace une inoubliable figure.
Le front haut, les joues anguleuses, le regard éteint, la tête dodelinante sur des épaules larges et basses, il s’avance, bombant le torse, à pas saccadés et pesants. Quand il parle, il roule et martèle les mots sous l’accent guttural d’une voix slave...
Il a des inflexions brusques et des ricanements violents d’une incroyable vérité. L’évocation est saisissante. A côté de lui, il y a Yvonne Printemps (Marie), une des comédiennes les plus fines, les plus exquises qui soient aujourd’hui ; Jeanne Granier (Mlle Martinet), que le public applaudit avec émotion ; Polin (Vermillon), d’une rondeur charmante ; enfin, Sacha (Charles-Alexis) , pour lequel il n’est pas besoin d’épithète, et qui, modestement et respectueusement, s’est taillé un rôle quelque peu effacé.
Pierre Brisson, Les Annales politiques et littéraires, le 1 mai 1921