La nouvelle pièce de M. Sacha Guitry est un nouveau et très franc succès. C’est une très gracieuse comédie qui charmera vous ceux — et ils sont nombreux à Paris qui goûtent un délicat plaisir à l’audition des pièces de M. Sacha Guitry. Sans doigté la trame en est si légère que par moments on ne la voit plus du tout. Si on reprenait la comparaison souvent repétrie entre une représentation théâtrale et un repas, on pourrait dire que dans Une Étoile nouvelle il y a des hors d’œuvre délicieux, des entremets exquis, beaucoup de mousse et pas un seul petit four, mais qu’il y manque tout de même un de ces plats substantiels que réclament les gens dotes d’un robuste appétit.
Dès la première scène de l’ouvrage, il est aisé de constater combien le procède de M. Sacha Guitry différe de celui de la plupart de ses maîtres et de ses confrères. Il veut nous peindre les banalités de l’existence d’un ménagé riche dans une ville d’eaux. Quelques répliques suffiraient. M. Sacha Guitry s’amuse et amuse sou public avec une scène d’une longueur interminable !...Et il en est ainsi d’un bout à l’autre de la nièce qui, ainsi que la plupart de ses aînées, pourrait s’appeler : « < L’auteur brode ! » Donc, Robert et Jeanne Le Canigou s’ennuient à mourir pendant leurs vacances. Un événement va secouer leur torpeur. Julie, la femme de chambre, accourt annoncer à ses maîtres qu’on lui a dérobé cent francs. Gaétan, le valet de pied, Ernestine, la cuisinière, se déclarent victimes d’un vol de la même somme... et Robert Le Canigou s’aperçoit soudain qu’un lui a pris mille francs dans son portefeuille ! Qui est le voleur ?... Ses soupçons se portent bientôt sur son secrétaire, Maxime Deschamps, à cause de menus faits qui paraissent l’accabler.
Et comme Maxime annonce à Jeanne Le Canigou son désir de partir le soir même. Jeanne, elle aussi, croit à sa culpabilité. Ma s Maxime lui avouant : Je veux Photo Henri Manuel. M. Sacha Guitry partir parte que je vous aime ». « Restez », lui dit Jean ne en s’éloignant. Robert a son idée ; il est allé conter la chose au commissaire de police qui viendra le fend main. En attendant, le soir, à la fin d’un savoureux dîner copieusement arrosé de campagne et de liqueurs, il | essaie de faire parler Maxime qui n’est préoccupé, tri, que de son amour. Robert, qui s’est surtout grisé lui-même, alors qu’il croyait enivrer son partenaire, finit par rentrer dans sa chambre. Maxime sera seul avec J tanne.
C’est là que le titre de la pièce sera explique. « Chaque fois qu’un amour nouveau réunit deux êtres sur terre, une étoile naît au ciel », dit Maxime, et il dépense une si tendre et -si poétique éloquence à développer cette image que Jeanne tombe bientôt dans ses bras, puis, se dégageant doucement, murmure en lui montrant te firmament : « Une étoile nouvelle. » Maxime et Jeanne ont pris la résolution de fuir. Les événements vont les servir avec une étonnante facilite, car le Destin est avec les amants. Le commissaire de police est venu ; grâce à une tactique au moins étrange, mais bien réjouissant, il d-couvre l’auteur des vols.
Julie, la femme de chambre, s’étant évanouie, on trouve les 1.300 francs dans son corsage. Mais comme elle est appétissante, le commissaire — vrai type de Labiche — se contentera de la prendre à -on service. Robert prétend être appelé pour une affaire importante à Bordeaux où il va rejoindre une maîtresse, après avenir fait loyalement ses excuses à Maxime qu’il avait si vilainement soupçonne Les amoureux s’en iront donc gaiement vers le bonheur. Il y a au troisième acte un fort joli trait. Robert, voulant témoigner à Maxime toute sa confiance, lui remet une lettre de sa maîtresse. « Avec ce billet, vous pouvez me perdre aux yeux de ma femme ». ajoute-t-il. Mai-quand Maxime, sentant que Jeanne hésite à le suivre, va se servir de la lettre, il le fait avec un tact d’une grande délicatesse : « Voilà un billet, lui dit-il, d’une femme qui m’aime : je te la sacrifie ! », et déchirant le papier il presse contre son cœur sa maîtresse enfin désarmée.
C’est une charmante trouvaille. L’interprétation est tout à fait remarquable avec Sacha Guitry, Jean Périer, Monte !, Mme Yvonne Printemps dans les rôles principaux, très agréablement secondés par Louis Kerly, Mmes Gaby Benda et Luce Fabiole.
Emile Mas, Le Petit bleu de Paris, le 7 décembre 1924