Fiche technique

Distribution
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Sacha Guitry (Docteur Flache)
Lana Marconi (Missia)
Jacques Morel (J.L. Cousinay)
Sophie Mallet (Mlle Putifat)
Jeanne Fusier-Gir (Valentine)
Scénographie (Nersès Bartau)
Construction (G. Bouvier)
Robes de Lana Marconi (Maggy Rouff)
Chapeaux (Le Monnier)
Peintures décor (André Pellegry)
Régie générale (Roger Poirier)

Reprises
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1993 : Théâtre du Palais-Royal (Paris), mise en scène Jacques Échantillon
2015 : Espace Gérard Philipe (Port-Saint-Louis-du-Rhône), mise en scène Francis Huster
2016 : Théâtre Rive Gauche (Paris), mise en scène Francis Huster
2019-2020 : Comédie Royale Claude Volter (Bruxelles), mise en scène Danielle Fire

Critique

Combat, le 28 mai 1951
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Il y a des auteurs de comédies dont il semble que ce soit un faux sens, une impropriété, de les nommer auteurs dramatiques. M. Guitry est de ceux-là. Auteur, oui, et même grand auteur, possédant toutes les virtuosités de son métier, mais combien éloigné, par nature, dirait-on, de tout ce qui est dramatique. Et s’il lui arrive si rarement d’inclure au cœur de ses personnages une passîon qui les fasse s’exprimer dramatiquement, offrant aux acteurs prétexte à de beaux cris, c’est qu’il dote ces personnages de son propre esprit, lequel est peut-être chez lui comme une pudeur de la passion. La pudeur et le masque.

Je me souviens cependant d’une pièce « démasquée » de M. Guitry, d’un caractère concis, dépouillé, authentique. Le rythme même de cette comédie « dramatisée » le contraignait, semblait-il, à en éliminer tout moi d’auteur. Cette pièce, « Geneviève », ne fut sans doute, dans son genre, pour lui, qu’une expérience. La nouvelle œuvre de M. Guitry est du même ordre que ses comédie habituelles, pleine de trouvailles et de drôlerie. Ce sont trois actes ajoutés aux trois cent* actes de la même comédie, animée par les personnages les plus divers, mais tous du même sang, un peu les « Rougon-Macquart » spirituels de M. Guitry.

Le rideau s’ouvre sur un luxueux décor de Bouteau, éclatant de lumière. Le docteur Flache, psychiatre, est à la fin de sa carrière. Il veut vendre son magnifique hôtel, jadis offert à là Clairon par le duc de Richelieu. Un jeune couple est dans l’antichambre. Il refuse de le recevoir, tout à ses préparatifs de départ. L homme et la femme s’introduisent subrepticement et à tour de rôle dans le bureau du docteur, chacun lui confiant que l’autre est atteint de démence. La jeune femme, Missia, est belle. Le docteur la trouve immédiatement désirable. L’homme, Cousinay, d’aspect lourdaud, sachant que le docteur veut vendre son hôtel, s’en rend acquéreur, La scène où le docteur Flache va céder sa demeure au plus offrant, Cousinay près de lui, et l’agent d’affaires surenchérissant au téléphone, est d’une irrésistible drôlerie, parmi les meilleures de la pièce. Missia veut être psychanalysée. Elfe le sera à la manière habituelle du docteur. Séduction d’autant plus aisée que Missi lui révèle qu’elle a eu naguère un amant qui lui ressemblait. Il apprend également qu’elle n’est pas mariée. Cousinay est propriétaire de l’hôtel à I insu de Missia.

Le docteur, gui a des troubles mentaux depuis qu’il vît parmi des gens normaux, se croit toujours chez lui. Il veut entraîner .Cousinay dans une intrigue pour l’éloigner de Missia, fui démontrant qu’il n’est pas fait pour vivre avec elle .mais avec une demoiselle Putiphat, tapissière, dont il lui vante les charmes. Cependant Cousinay épouse Missia par surprise (!) Cousinay fera cadeau de l’hôtel à sa femme, un cadeau de rupture, tout comme Richelieu, jadis, à Mlle Clairon, et le docteur sera à son tour, psychanalysé par Missia. Sacha Guitry est le docteur Flache. Son masque de prélat ironique s’est émacié, qu’il encadre pour ce rôle d’un blanc et onduleux postiche. Nous nous soumettons avec toujours le même plaisir à une solennelle autorité qui nous fait admettre l’arbitraire de situations renouvelées et inattendues.

Est-ce de la comédie où du vaudeville ? Que nous importe, c’est l’une et l’autre, et même quelque chose de plus dans les instants qu’il plaît à M. Guitry de céder au moraliste, qui semble s’être accusé en lui. Mme Lana Marconi est belle, et interprète avec une harmonieuse souplesse le rôle de Missia. Tout est plaisant dans le jeu spontané, sans artifice, de M. Jacques Morel. Mme Fusier-Gir a de la drôlerie et Mlle Sophie Mallet est cocasse sans excès dans le rôle de la tapissière.

Michel BALFORT, Combat, le 28 mai 1951