Certainement. M. Sacha Guitry est le seul auteur du moment qui. conserve le privilège d’enthousiasmer le public avec des sujets qui, oserait-on dire, ,tiendraient dans le. creux (de la main. Le succès de ce Tour au Paradis en sera une preuve. Cette comédie ne vit ; comme certaines autres œuvres de M. Sacha Guitry, que par la fantaisie amusée, l’esprit ou badin ou, mordant. et l’audace gracieuse de celui qui l’a imaginée. Évidemment, c’est déjà quelque chose à quoi tout un chacun ne saurait atteindre.
Fantaisie, esprit et audace, qui, cette fois, s’inspirent du réel et de l’irréel et M. VICTOR BOUCHER tiennent lieu d’une construction proprement dite en s’équilibrant à ravir. Après un dîner intime chez les Dalmasseau, on tente,. sur les conseils de Claude Rigal, l’efficacité des « tables tournantes ». L’expérience réussit de telle façon. que Maurice Dalmasseau, qui a absorbé un somnifère fourni par Rigal, rêvera qu’il est mort et que saint Antoine de Padoue le reçoit au Paradis. Là, il apprend que sa femme est la maîtresse de Rigal et que les deux amants l’ont empoisonné. Il sollicite la faveur de redescendre sur la terre et entend troubler le bonheur des coupables en se réincarnant dans le corps d’un valet de chambre. Cette situation amène, on le conçoit, maintes scènes divertissantes jusqu’à l’heure où Maurice se réveillant reprendra contact avec la vérité. Tout cela plaira fort aux spectateurs.
Les mérites de l’interprétation sont des plus vifs. Il suffit de savoir que M. Victor Boucher incarne Maurice Dalmasseau pour se représenter le personnage si parfaitement impulsif, naturel, que compose l’excellent comédien dont pas une attitude, pas une expression ne sont insignifiantes. Mme Huguette Duflos, son épouse en comédie, est, pour sa part, tout charme et élégance. M. Jean Périer, vit au Paradis eut revêt la robe blanche de saint Antoine de Padoue. MM. Bonvallet et Christian ̃ Gérard se montrent d’adroits et compréhensifs acteurs. Mme Maud Yrem, MM. Forget et Taillade font également partie de cette distribution choisie.
Jean Prudhomme, Le Matin, le 7 novembre 1933