Fiche technique

Distribution
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Suzy Prim (Elle et Constance)
André Luguet (Lui et Bernard)
Henri Crémieux (L’auteur)
Simone Renant (Une actrice)
Thérésa Renouard (Une actrice)
Armand Lurville (Un directeur de théâtre)
Guy Derlan (Un journaliste)
José Méret (Un chef machiniste)
Robert Tourneur (Un machiniste)
Pazzi-Préval (Un machiniste)
A. Madoux (Un sapeur-pompier)
Augustine Prieur (Une habilleuse)
Lydie Evel (Une chanteuse)
Jean Bénédict (Le régisseur)
Andrée Quintin (Une secrétaire)
V. Launay (Un garçon de bureau)
Marguerite Moreno (La duchesse de Touzac)

Critique

Le Menestrel, le 27 septembre 1935
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Lorsque le public vient au théâtre sur la foi du nom de M. Sacha Guitry, il est presque certain de trouver une pièce bien construite, d’une écriture finement élégante, fertile en mots d’esprit et en trouvailles scéniques. Il se croit donc à peu près sûr de « passer une bonne soirée ». Or, quelle sera l’opinion générale des spectateurs sortant du Théâtre de Paris après avoir assisté à Quand jouons-nous la Comédie ?...

M. Sacha Guitry a mis en scène un ménage de chanteurs qui s’adorent depuis dix ans et remportent dans tous les rôles du répertoire d’opéra-comique un double et légitime succès. Le directeur du théâtre lyrique où ils chantent Werther manifeste, au moment où le rideau va se lever, l’intention de les attacher à son établissement par un contrat durable. Mais, comme tous les directeurs, il manque d’argent, et il est même menacé de grève par les machinistes mécontents. Heureusement, une commanditaire opportune vient, comme toujours, tout arranger. C’est la duchesse de Touzac, vieille originale fort riche, qui n’a que deux passions : le tricot et les chanteurs ; passions qu’elle assouvit simultanément chaque soir en assistant, dans une baignoire, au spectacle du théâtre lyrique. En un tour de main elle calme les machinistes, commandite le théâtre à condition que son directeur fasse un engagement de trois années à ce couple — artistes et amoureux exceptionnels — pour lequel elle ressent une vive sympathie.

Ces derniers ne semblent pas enthousiasmés par la proposition ; ils demandent quelques instants pour donner une réponse définitive et entrent en scène pour le dernier acte de Werther. Tout en jouant, ils parlent à voix basse, sur le plateau, du contrat ; ils sont d’accord pour le refuser et quitter définitivement le théâtre en tenant leur décision secrète. Mais ils ont oublié que la représentation était radiodiffusée et que leurs a-partes s’entendaient parfaitement au micro. Voici donc le cabinet directorial, et le Tout-Paris-à-l’écoute, au courant de leur détermination. Cette scène, de loin la meilleure de la pièce, est d’un mouvement excellent et bénéficie surtout de l’interprétation éclatante de Mme Marguerite Moreno, qui s’y montre inégalable. Le dernier tableau se passe dans la loge des deux artistes. Tout le monde essaye de les faire revenir sur leur décision, mais ils sont inébranlables. Un de leurs amis vient leur proposer de jouer une pièce qu’il écrirait à leur intention et qui relaterait discrètement leur propre existence. Ils refusent, sachant trop, disent-ils, ce que donne au théâtre dramatique un chanteur réputé excellent comédien.

Voici le premier acte terminé : il est inégal, et l’impression produite semble incertaine. Il y a naturellement quelques mots exquis : cette expression finement mélancolique : « Il faut avoir vu les acteurs jeunes pour pouvoir les supporter vieux », ou encore cette boutade amère et cinglante du directeur désabusé : « Je ne connais pas de femmes qui se refusent, il y a celles qui s’offrent et celles qui ne s’offrent pas. » Mais ce ne sont là que des mots isolés, et l’on ne construit pas un acte autour de quelques saillies d’esprit. Pourtant, la déception (car nous sommes déçus, nous l’avouant ou non) vient surtout de ce que l’auteur, homme de théâtre, ayant pris pour cadre les coulisses d’un théâtre et des acteurs, n’ait pas réussi à créer une atmosphère plus vraie. Ces personnages sont factices et leur côté artificiel nous gêne, quoi qu’ils fassent ou disent. Cependant, nous serions tout prêts encore à nous amuser franchement ou à applaudir un second acte plus vigoureux. Hélas, nous avons eu la meilleure part avec le premier acte, et les deux derniers ne sont que des dissertations sur une forme spéciale de la jalousie et des coupages de cheveux en nombres toujours croissants.

Nous voyons ce couple modèle souffrir de ne pas savoir vieillir. « Lui » regrette la femme qu’elle était à vingt ans. « Elle » le croit infidèle. Ils essayent de se quitter, mais finalement préfèrent encore vivre malheureux et réunis. Le spectateur n’apprend qu’à la fin que ces trois tableaux ne sont plus de l’auteur, mais de l’ami qui s’était proposé, au premier acte, de leur écrire une pièce. Je n’avais pas deviné cette astuce, mais cela fait comprendre tout aussitôt pourquoi, à partir de ce moment, nous n’apercevons plus de M. Sacha Guitry que le reflet de son talent et l’écho de son esprit. Le dialogue se liquéfie, l’ennui s’installe. La partie est perdue et notre soirée aussi.

M. André Luguet et Mlle Suzy Prim, que l’auteur avait choisis comme interprètes après les avoir vus triompher dans les Amants terribles, semblent ici beaucoup moins à leur aise dans leurs rôles d’amants compliqués. Encore M. Luguet s’en tire-t-il à peu près, grâce à son élégance naturelle et à la justesse de ses accents ; mais Mlle Suzy Prim laisse traîner ses mots de façon bien fâcheuse et manque totalement de sensibilité. Dans des rôles épisodiques, M. Crémieux se montre adroit et Mlle Renant bien jolie. Quant à Mme Marguerite Moreno elle est, répétons-le encore, la trop éphémère étincelle de cette triste histoire.

Denyse Bertrand, Le Ménestrel, le 27 septembre 1935