Le théâtre des Bouffes-Parisiens tient avec la nouvelle œuvre de MM. Sacha Guitry et Reynaldo, Hahn un succès. Cette comédie musicale à beaucoup plu par la grâce et.la fantaisie délicates qui règnent aussi bien dans le livret que dans le musique. Le don d’invention de : M Sacha Guitry se révèle une fois de plus, triomphant. Avec quel esprit il nous conte l’aventure de Prosper Aubertin, le chapelier. Ce vendeur de feutres s’ennuie En compagnie de sa femme Anoinette et de sa fille. Marie-Anne.
Sa bonne, Félicie, n’est pas faite non plus pour lui calmer. les nerfs. Alors que fait notre mélancolique ? Il publie dans un journal une petite annonce : « Monsieur, célibataire, désire trouver âme sœur. ». Les réponses ne se font pas attendre. Prosper Aubertin en reçoit plus de cent. Il en lit deux qui lui arrachent des cris d’indignation ; l’une est d’Antoinette : l’autre de Marie-Anne. Mais soudain il se radoucit. Sa femme et sa fille cherchent une distraction, donc le bonheur n’est pas à leur foyer. Alors Prosper s’attendrit et trés habilement, avec un art consommé, la pièce s’aiguille vers l’ironie souriante et amusée. Prosper va, sans qu’elles s’en doutent, influencer l’humeur des deux femmes. Elles sont si ravies de correspondre avec « le bel inconnu » que les voilà devenues délicieuses à la maison.
Pour achever la piquante plaisanterie, le bel inconnu leur donne rendez-vous à Biarritz dans une villa qu’il a louée tout exprès. Il va convié aussi Félicie, qui avait aussi écrit au célibataire cherchant l’âme sœur » et s’était fait passer pour une comtesse, Prospère avait vite identifié cette, troisième correspondante. Et il tire avec une malice bien divertissante les ficelles de tous ses gens. Marionnettes aussi entre ses mains sont Hilarion Lallumette, son ami ; les soupirants transis Jean-Paul Lévy et Claude Aviland. Et nous voici à Biarritz. Le propriétaire de la Villa est pris par chacune des trois femmes pour le bel inconnu ; mais toutes choses ne s’arrangent-elles pas en ce monde ?
Telle est cette comédie qui charme et qui fait rire tour à tour. La musique est fort spirituelle : écrite avec légèreté et transparence. On a bissé plusieurs airs, notamment :O. mon. bel inconnu, chanté exquisement par Mme Suzanne Dantès et Mile Simone Simon, toutes les deux exquises comédiennes. M. Aquistapace interprète le personnage de Prosper Aubertin à la perfection, qu’il le chante ou le parle. Mlle Arletty est une Félicie pince-sans-rire qui est fort drôle. M. Koval a un rôle où il est irrésistible, un rôle muet, ce qui ne l’empêche pas de chanter à la fin comme il sait le faire, par un miracle soudain ‘opéré par l’auteur. M. Abel, Tarride, en M Victor, à eu un vif succès personnel : Son duo avec Mme. Arletty a été très brillant. On a aimé l’élégance et le jeu souple de MM. Guy Ferrant et Pierre Vyot. M. Numès fils est un garçon de magasin plaisamment ahuri.
Fred Orthis, Le Matin, le 6 octobre 1936