Malgré les diligents efforts d’un « groupement artistique » qui s’est fait courageusement le défenseur de la pièce en un acte, et en sert, de temps en temps, quelques échantillons dans une représentation sans lendemain, il faut constater, avec mélancolie, la fin ou presque, à l’exception du Grand Guignol, d’un genre qui compte bien des chefs-d œuvre et auquel ne se risquent à peu près plus les théâtres d’État eux-mêmes.
Il a fallu que l’Opéra-Comique aie, tout de même, à notre surprise, la témérité de mettre à son programme, renouvelé, une œuvre de ces dimensions restreintes inhabituelles, pour que le public y reprenne plaisir.
Le livret de Mon Ami Pierrot, qu’a monté notre seconde scène lyrique, a été, il est vrai, écrit par Sacha Guitry. Plus que tout autre, celui-ci a maintes fois montré jusqu’à quel point, dans cette formule rapide de l’acte court, il était possible de faire quelque chose de charmant. La mise à la scène de ce nouvel acte est donc un argument particulièrement frappant pour la résurrection des petites pièces courtes, que beaucoup souhaitent — en « apéritif » a-t-on dit très justement, de régals plus consistants.
Il faudrait toutefois faire reprendre aux gens 1 habitude de dîner moins tard et de savoir arriver au théâtre avant 21 heures et demie, comme on le fait généralement.
Mon Ami Pierrot est une histoire, délicieusement contée, où le jeune Lulli n’est encore qu’un pauvre petit marmiton, rêvant de musique, parmi ses casseroles, ses entremets et ses rôtis.
Romanesque malgré son jeune âge, il gratte une guitare sous le balcon d’une jolie fille et comme la jolie fille ne répond pas à sa sérénade, il pense à mourir.
Intention qu’il a la bonne idée de confier à un gros pâtissier du voisinage, poète aussi. Le brave homme lui explique que c’est absurde d’être triste, quand on a la chance d’être musicien. La musique console de tout.
Et Lulli est si convaincu de la réalité de ces arguments que, dès la nuit tombée, comme les gens rêvent sur le pas de leur porte, il improvise pour eux un air qui chante en lui, inspiré par la beauté des rayons de la pleine lune.
Ceux qui l’entendent, séduits, s’approchent. D’autres ouvrent leurs volets, amusés et le refrain est chanté en chœur. La jolie fille elle-même entend l’aubade si attendue et fait appeler pour le récompenser — comment ? — le jeune musicien dont la chanson Au clair de la lune entre dans l’histoire.
Sur cette trame mince, Sacha Guitry a mis son habituelle finesse et sa fantaisie, M. Sam Barlon est l’auteur dune partition très adéquate à un sujet aussi plein de fraîcheur, qu’interprètent excellemment MM. Pujol, Vieuille, Enot et Mlle Grandval.
Henry de Forge, Le Monde illustré, le 19 janvier 1935