Fiche technique

Distribution
carré

Jean Périer (Lucien)
Germaine Risse (Rosy)
Katie Varley (Jeannette)

Critique

Le matin, le 3 novembre 1933
carré

Certainement. M. Sacha Guitry est le seul auteur du moment qui conserve le privilège d’enthousiasmer le public avec des sujets qui, oserait-on dire, tiendraient dans le. creux de la main. Le succès de ce Tour au Paradis en sera une preuve. Cette comédie ne vit ; comme certaines autres œuvres de M. Sacha Guitry, que par la fantaisie amusée, l’esprit ou badin -ou, mordant. et l’audace gracieuse de celui qui l’a imaginée. Évidemment, c’est déjà quelque chose à quoi tout un chacun ne saurait atteindre.

Fantaisie, esprit et audace, qui, cette fois, s’inspirent du réel et de l’irréel et M. VICTOR BOUCHER tiennent lieu d’une construction proprement dite en s’équilibrant à. ravir. Après un diner intime chez les Dalmasseau, on tente,. sur les conseils de Claude Rigal, l’efficacité des « tables tournantes ». L’expérience réussit de telle façon. que Maurice Dalmasseau, qui a absorbé un somnifère fourni par Rigal, rêvera qu’il est mort et que saint Antoine de Padoue le reçoit au Paradis. La, il apprend que sa femme est la -’maîtresse de Rigal et que les deux amants l’ont empoisonné. Il sollicite la faveur de redescendre sur la terre et entend troubler le bonheur des coupables en se réincarnant dans le corps d’un valet de chambre. Cette situation amène, on le conçoit, maintes scènes divertissantes jusqu’à l’heure où Maurice se réveillant reprendra contact avec la vérité. Tout cela plaira fort aux spectateurs.

Les mérites de l’interprétation sont des plus vifs. Il suffit de savoir que M. Victor Boucher incarne Maurice Dalmasseau pour se représenter le personnage si parfaitement impulsif, naturel, que compose l’excellent comédien dont pas une attitude, pas une expression ne sont insignifiantes. Mme Huguette Duflos, son épouse en comédie, est, pour sa part, tout charme et élégance. M. Jean Périer, vit au Paradis eut revêt la robe blanche de saint Antoine de Padoue. MM. Bonvallet et Christian Gérard se montrent d’adroits et compréhensifs acteurs. Mme Maud Yrem, MM. Forget et Taillade font également partie de cette distribution choisie.

Le Renard et la grenouille est un acte qui s’inspire, on peut le supposer, d’un certain réalisme, un épisode du duel éternel où se mesurent l’homme et la femme plus souvent sous le masque du sourire que derrière la grimace des rancœurs. Le renard, c’est l’homme rusé, adroit, vigilant et vindicatif. La grenouille, c’est. Mais le terme suffit à définir la femme dont il s’agit. Las d’être grugé, dupé et trompé par Rosy avec le concours de l’amant de cœur de celle-ci, Lucien, pour se venger offrira sournoisement à la belle de l’épouser sous le régime’de la communauté. Rosy croit Lucien très’ riche elle accepte l’offre avec joie. Quand elle est bien engagée, Lucien déclare qu’il n’a plus un sous vaillant. Stupeur puis dépit de la « grenouille » qui a fait d’appréciables, économies sur les dons de Lucien mais qui n’éprouve nullement lé goût du partage. La rupture suivra il faudra que la grenouille découvre un autre roi.

Mme Germaine Risse et M. Jean Pérler jouent très finement cette amusante comédie avec Mlle Katie Varley en tiers.

Jean Prudhomme,Le Matin, le 7 novembre 1933