Fiche technique

Distribution
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Sacha Guitry (Jean Marcelin)
Charles Dechamps (Adrien Worms)
Christian-Gérard (Fernand Worms)
Louis Kerly (Un valet de chambre)
Betty Daussmond (Lucie Marcelin)
Marguerite Templey (Marguerite Worms)
Clary-Monthal (Mlle Morot)
Jacqueline Delubac (Juliette Lecourtois)

Reprises
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Du 20 avril 1967 au 11 juillet 1967 : Théâtre des Variétés (Paris)
Du 5 avril 1990 au 3 juin 1990 : Théâtre de la Potinière (Paris)
Du 17 décembre 1999 au 31 décembre 2000 : Théâtre des Variétés (Paris)
Le 14 septembre 2007 : Théâtre national de Nice (Nice)
Du 18 mars 2009 au 5 avril 2009 : Théâtre Nanterre-Amandiers (Nanterre)
Du 12 février 2009 au 15 février 2009 : Théâtre du Nord (Tourcoing)

Critique

Marianne, le 24 octobre 1934
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A dernière pièce de M. Sacha Guitry remporte le plus vif succès, et c’est justice. Le sujet est amusant, le dialogue étincelant, la distribution sans défauts et il y a un acte, le deuxième, désopilant d’un bout à l’autre, qui vaut à lui seul le voyage.

Le docteur Jean Marcelin (M. Sacha Guitry) est un mari philosophe. Lucie, sa femme (Mlle Betty Daussmond), le trompe avec un jeune gigolo, Fernand Worms (M. Christian Gérard), fils d’un ménage ami (M. Charles Dechamps et Mlle Marguerite Templey) et il prend avec bonne humeur son infortune. Il y a longtemps qu’il a cessé d’aimer Lucie et qu’il a commencé à la tromper, et il ne demande qu’à vivre en bonne intelligence avec elle pourvu qu’elle le laisse entièrement libre de ses actes et n’attende point de lui une fidélité qu’il a renoncé à exiger d’elle. Il entend, en particulier, qu’elle ne se mêle en aucune façon du choix de ses secrétaires même lorsqu’elles sont très jeunes et très jolies, ce qui est le cas de la dernière, Juliette Lecourtois (Mlle Jacqueline Delubac), qu’il vient précisément d’engager.

Telle est, en résumé, la situation qui nous est exposée au cours du premier acte. Quand débute le second, attend ses invités, le ménage Worms et leur fils, qui doivent venir dîner dans l’intimité. Jean Marcelin, retenu sans doute au dehors par des malades, n’est pas encore rentré. Les Worms arrivent, on cause, l’heure du dîner passe, et le maître de maison n’est toujours-pas là. Lucie commence à s’inquiéter. Puis, soudain, affolement général : un inconnu vient de remettre au valet de chambre le veston que portait le docteur quand il est sorti. Dans une poche de ce veston, une enveloppe cachetée, le testament de Jean.

Aucun doute n’est permis, il s’est suicidé, s’est noyé sans doute et a laissé son veston sur la berge pour avertir les siens. Les doigts tremblants, Lucie décachette l’enveloppe et commence à lire le testament. Jean Marcelin fait trois parts égales de sa fortune ; il laisse l’une à sa femme, et chacune des deux autres à deux femmes, dont il donne les noms, et dont l’une, déclare-t-il, est sa fille et l’autre fut sa maîtresse. Stupeur, indignation de Lucie. Mais ce n’est pas tout. Le testateur explique que le partage eût été différent s’il n’avait récemment appris les relations coupables de sa femme avec le jeune Worms. Cette fois, c’est la famille Worms qui pousse les hauts cris. Mais quand, sans quitter le ton de la bonhomie, le testateur fait cette réflexion qu’en devenant l’amant de Lucie, Fernand Worms n’a fait, après tout, que venger l’honneur de son père, qu’il a lui-même autrefois cocufié, cela devient du délire. Sur ces entrefaites, un coup de sonnette. C’est le suicidé qui reparaît. Il n’a nullement songé à attenter à ses jours ; il est simplement allé chez son tailleur et a, par mégarde, conservé sur lui le veston qu’il venait essayer, oubliant l’autre, qu’un employé discret a rapporté. Grâce au ciel, le voici ! Il l’endosse et cherche en vain dans les poches la dangereuse enveloppe que Lucie a subrepticement fait disparaître dans son corsage. Puis, comme le dîner est servi, les convives, dissimulant les sentiments violents et divers qui les agitent, passent dans la salle à manger. Cet acte, du commencement à la fin, est d’un comique irrésistible. Il est admirablement joué, surtout par Mlle Betty Daussmond, dont c’est une des meilleures créations.

Les deux derniers actes nous font assister à la revanche de Jean Marcel lin et éclaircissent le mystère de sa vie privée. Le testament parlait de sa fille et de sa maîtresse, et le nom des légataires nous avait révélé que la jeune secrétaire nouvellement engagée était l’une des deux. Mais laquelle ? La fille ou la maîtresse ? La fille, que Jean Marcelin, en attendant de pouvoir la reconnaître, a décidé de conserver désormais auprès de lui et avec qui, à la fin de la pièce, il partira pour un long voyage. Mais auparavant, rassemblant autour de lui sa femme et les trois Worms, père, mère et fils, il leur fait un petit discours sur l’état conjugal et sur l’adultère où chacun en prend pour son grade et où, sous l’apparente philosophie du personnage, perce certaine rancœur contre les faux amis et les épouses infidèles qui, à tout prendre, est assez compréhensible.

La pièce, je l’ai dit, est admirablement jouée. Aux noms que j’ai déjà cités, il faut ajouter celui de M. Kerly, d’une extrême drôlerie dans un de ces rôles de domestique auxquels il est voué et où il excelle. Tous méritent les plus vifs éloges. Quant à l’auteur, il est égal à lui-même, c’est-à-dire parfait.

Édouard Bourdet, Marianne, le 24 octobre 1934