Il est toujours opportun d’exprimer son admiration à M. Sacha Guitry. D’abord parce que c’est, à propos d’une pièce nouvelle, une sorte de tribut de reconnaissance qu’on lui redoit pour le plaisir dont il nous a gratifiés avec la pièce précédente, ensuite parce que cet homme étonnant, auquel M. René Benjamin, dans le portrait qu’il vient de lui consacrer, accorde l’épithète majeure « roi du théâtre », est bien capable de dissimuler les intentions les plus profondes sous de forts anodines apparences.
Florestan, c’est l’histoire d’un prince qui aimait le théâtre jusqu’à la passion et avec le théâtre, les petites théâtreuses, jusqu’à l’oubli provisoire de ses devoirs d’État. Le plus curieux, c’est que cette histoire est véridique, ce, qui permet de rattacher l’opérette qu’en tire M. Sacha Guitry à la série des biographies dialoguées qu’il a déjà portées à la scène, quoique, à vrai dire, celle-ci soit d’un genre plus léger.
Reste à savoir si, en nous montrant l’envers du décor, l’auteur s’est diverti à essayer de retrouver l’atmosphère de l’Ambigu de la bonne époque : ou, au contraire, a prétendu maintenir simplement son œuvre, tel un ludion, à mi-distance entre la gaîté franche, à laquelle il se garde d’atteindre, et la sensiblerie romanesque où il évite également de sombrer.
Il y a des opérettes dont le premier acte fait feu de tous ses fers, et dont les actes suivants font long feu. Celle-ci est plutôt construite en progression, le mouvement croissant du début à la fin : Il faut bien qu’elle s’arrête quand elle arrive au rocher de Monaco, car il y a, paraît-il, des requins dans la baie.
Le compositeur M : Richard Heymann, a fait de son mieux pour cerner les contours des couplets de M. Albert Wilemet mais il a été imprudent d’évoquer pour expliquer sa collaboration avec des Parisiens, le nom d’Offenbach. Sa partition est encore, bien timide et son sens mélodique s’adapte « assez gauchement à tout ce qui, dans le texte ne lui fournit pas matière des chansons de marche. Le plus grave, ce serait même l’anachronisme de sa musique, son incompatibilité avec les paroles et les situations. Il est vrai que le cinéma nous a rendus peu exigeants sous ce rapport.
L’interprétation quant à elle, répond aux meilleures traditions des Variétés. Elle est brillante. Il faut en détacher M. Henry Garat, qui s’affirme de plus en plus charmant, Mlle Jacqueline Francelli dont on comprends qu’elle fasse hésiter entre elle et un empire ou même simplement une principauté M. Pauly et Mme Mady Berry autour d’eux. Mmes Lucette Anüréa, Jeannette Ferney et Geneviève Vix, ainsi que MM. Henry Laverne, Robert Seller, qui sont tous deux forts drôles, Armontel et Sinoël, forment une pléiade homogène, réalisant à souhait l’unité dans la diversité.
Pierre-Octave Ferroud, Paris Soir, le 11 décembre 1933