Fiche technique
Distribution
Sacha Guitry (Michel)
Robert Seller (Guillaume)
Elvire Popesco (Antoinette)
Hélène Perdrière (Henriette)
Jeanne Fusier-Gir (Maria)
Geneviève Guitry (Christiane)
Comédie en trois actes et un prologue
Crée au théâtre de la Madeleine le 17 novembre 1939 (41 représentations du 17 novembre au 21 décembre 1939)
Michel, auteur dramatique paraît devant le rideau pour faire une annonce. Il n’a. pu confier cette mission au régisseur, car il s’agit d’une affaire personnelle. Quelques instants avant l’heure du spectacle, il a reçu une lettre de menaces de la part d’une femme qui l’avise tout simplement qu’elle lui enverra deux balles de revolver. — Cette dame est-elle là ? demande t’il. Oui. Nous sommes ainsi mis au courant des raisons pour lesquelles ils se sont séparés et la comédie commence où fiction et réalité sont. mêlées de la plus originale, de la plus spirituelle façon.
Sacha Guitry (Michel)
Robert Seller (Guillaume)
Elvire Popesco (Antoinette)
Hélène Perdrière (Henriette)
Jeanne Fusier-Gir (Maria)
Geneviève Guitry (Christiane)
M. SACHA GUITRY est le théâtre même. Il écrit, et tout s’ordonne pour la scène, en tire son principe, son existence, sa raison. Ses personnages sont visibles, pittoresques, en mouvement. Son dialogue a une aisance et une vie qui prennent toute leur valeur devant le public, dans le cadre éclairé et dans la salle obscure.. Les pensées sont du théâtre, et le tour des répliques, et les aventures. Jamais on n’a vu une adaptation si parfaite, une métamorphose plus achevée du monde humain en un petit monde brillant, mobile et illusoire.
Nous voici dans cette salle de la Madeleine où nous avons accoutumé de le voir. Depuis des années, sa pièce donne le signal aux autres scènes, comme s’il était impatient de voir recommencer cette vie théâtrale, qui est sa vraie vie. Et pareillement cette année, en pleine guerre, il donne l’exemple. Un peu de musique et, sur la scène fermée, une voix qui crie de ne pas lever le rideau. Dans l’ouverture de ce rideau, M. Sacha Guitry paraît. Il excelle à ces dialogues avec la salle. Au xvii siècle où ces annonces étaient d’usage, il aurait fait un excellent orateur. Et par cela aussi il retrouve cette tradition, dont je ne suis pas sûr qu’il ait fait une étude approfondie, mais dont il a si curieusement l’instinct.
Il paraît, un peu pâle, une lettre à la main. Cette lettre qu’on vient de lui remettre est d’une femme. Cette femme écrit qu’elle est dans la salle et quelle le tuera pendant la représentation. Cette idée est évidemment désagréable, mais l’incertitude du moment est plus désagréable encore. M. Guitry préférerait que l’exécution ait eu lieu tout de suite. Comme ces gens de théâtre sont nerveux !
Il nous prend à témoin, il croise les bras en attendant le coup mortel. La meurtrière est-elle là ? Une spectatrice se lève. Elle dit qu’elle se nomme Antoinette, mais nous avons tous reconnu l’accent rond et chantant de Mme Popesco. Mais enfin pourquoi Antoinette veut-elle tuer M. Guitry, je veux dire Michel ? Parce que Michel a écrit et joue lui-même une pièce sur leurs amours. Cette pièce, qu’il a appelée Florence, est jouée ce soir pour la ; première fois. Eh bien ? qu’Antoinette tire tout de suite ! Non, elle veut entendre la pièce. Elle ne tirera que quand elle commencera à s’ennuyer. Soit, dit Michel. Et la pièce commence.
Alors commence aussi une scène d’un comique excellent. A la troisième réplique, Antoinette, avec une ingénuité mêlée d’aplomb, se rappelant qu’elle a servi de modèle à la pièce, intervient dans le jeu. Ses protestations, ses reparties, te désarroi de Michel, qui tantôt, lui répond, tout cela fait un très joli morceau où ne manquent pas les réflexions pleines d humour sur les auteurs qui mettent leurs aventures en comédie. Enfin deux agents viennent cueillir Antoinette. Elle fait une sortie magnifique : « Allez, Messieurs », leur dit-elle et elle les suit. Mais à peine dans les couloirs, il faut penser qu’elle leur a échappé, car elle reparaît sur la scène, pour la joie du public. On boucle enfin cette enragée et le premier acte peut s’achever.
Nous y avons appris que Michel va épouser une jolie personne qui s’appelle Christiane, et qui est en effet Mme Geneviève Guitry. Nous avons appris aussi que Christiane, tout en adorant Michel, avait un autre amant, qu’elle tenait à garder, pour avoir quelqu’un à tromper. En d’autres temps, cette délia tesse eût peut-être fait un sujet. Mais le théâtre de M. Guitry fourmille de sujets et celui-ci va passer avec le reste dans le mouvement de cette farce à l’italienne. On ne sait jamais comment une comédie a été faite. Mais tout donne à parier que la première scène, la menace de mort, l’algarade avec Antoinette, le dialogue de la scène à la salle est vraiment la première idée de l’ouvrage.
Et maintenant cette pièce, ou plutôt cet imbroglio, si gaîment commencé, il n’y a plus qu à l’agencer, ce qui va se faire avec beaucoup de prestesse. Michel avait quitté Antoinette il y a un an. Pourquoi l’avait-il quittée ? Parce qu’elle le trompait. Comment le savait-il ? Parce qu’il avait trouvé un billet doux dans le porte-cigarettes d’Antoinette. Seulement le porte cigarettes n’était pas celui d’Antoinette. C’était celui, tout pareil, qu’il avait donné à sa propre sœur, Henriette. Antoinette ne l’a jamais trompé. Elle l’aime, qu il la reprenne : c’est un excellent moyen de finir la comédie. Mais il devait épouser dans huit jours la petite Christiane. Il rompra ses fiançailles. Mais M. Guitry n’a pas voulu faire de peine à cette aimable personne. C’est pourquoi il a imaginé qu’elle avait un autre amant, quelle voulait garder. Et elle avait bien raison, puisqu’elle l’épousera à la fin. La pièce finira par deux mariages et le bonheur général. La tradition est la tradition.
Henri Bidou, Marianne, 29 novembre 1939