Fiche technique

Distribution
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Alexandre (Adam)
André Bacqué (Caïn)
Rosemblum (le petit garçon)
Marcel Le Marchand (un homme)
Jean Martinelli (un homme)
Jacques-Henri Chambois (un homme)
Jean Valcourt (un homme)
Jacques Eyser (un homme)
Lupovici (un homme)
Jeanne Delvair (Eve)
Henriette Barreau (une femme)
Jacqueline Cartier (une femme)

Critique

Paris-Soir, le 13 mai 1933
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En écrivant « Adam et Eve », je crois que Sacha Guitry s’est trompé. Il s’est trompé parce qu’il a fait parler le premier homme sans savoir exactement comment il s’exprimait. Je m’imaginais d’ailleurs Adam tout différent. Quand je l’ai aperçu, assis, parmi les rochers en carton peint de la Comédie-Française, j’avoue qu’il m’a déçu. « Elle », davantage.

Quant au Paradis, je le voyais composé de fleurs que nous ne connaissions pas, d’arbres nains ou gigantesques, de sources dorées, de torrents magnifiques, de plaines roses et vertes. Comme j’ai regretté le jardin des Tuileries et le parc Monceau !

Le Paradis du Théâtre-Français m’a dégoûté à jamais du Paradis terrestre. Ah ! si Adam avait échangé avec Eve quelques alexandrins. Tout est permis aux poètes. parce que seuls les poètes ont le droit de se rapprocher du ciel. Pourquoi nous avoir montré un Adam si vieux, si vieux. Une Eve si lasse, si fatiguée. Quelles jolies pages Sacha Guitry nous eût offertes si Adam avait eu vingt ans et la petite Eve dix-huit. Ils auraient prononcé des mots d’amour. dont nous avons tous hérité. Mais non, il nous a campé un Adam à barbe blanche — et quelle barbe ! Une Eve toute blanche aussi. mais joliment coiffée.

Presque nu — pas assez — ce couple m’a rappelé la Côte d’Azur en plein Été. Eve en pyjama eût été adorable. Adam, dans la pièce de Sacha, m’a fait l’effet d’un brave cantonnier qui s’est retiré, avec sa vieille femme, dans un coin perdu où l’on vit à bon marché. J’attendais un Adam gai, insouciant naturellement — pas volage, cela va de soi — comme le devait être le premier des hommes. Pensezdonc : il était seul, à cette époque, tout seul avec Eve. Si n’avait pas d’amis, elle non plus, ils étaient parfaitement heureux.

En écoutant la petite pièce de Sacha Guitry, je me demandais ce qu’Adam pouvait bien raconter à Eve pour occuper ses journées et ses nuits. Sacha ne nous l’a pas dit, et c’est ce que je lui reproche. Le Paradis, c’est donc ça le Paradis. Moi, je voyais Adam et Eve jouer au volant avec des pétales de roses et des grains de sable. Je les voyais, comme deux grands enfants qui ignorent l’âge qu’ils ont, faire mille et mille folies sous les yeux amusés du bon Dieu.

Autour d’eux, les bêtes les plus féroces et les plus tendres : les lions et les tigres, les moutons et les biches, gambadaient, s’accordaient. Les fleurs s’ouvraient pour recevoir les papillons. J’aurais voulu entendre prononcer par Adam des paroles définitives qui nous auraient fait regretter de vivre à une époque aussi troublée. J’aurais voulu. J’aurais voulu voir le Paradis, le vrai, celui qu’on promet à ceux qui, comme moi, n’ont jamais péché. Hélas ! Sacha nous a montré deux centenaires, tristes, sombres, désolés, découragés, atteints par la crise. Si c’est ça le Paradis, que Dieu m’en préserve. Je préfère Paris.

Pierre Wolff, Paris-soir, le 13 mai 1933