Fiche technique

Distribution
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Jeanne Vienat : Toinette, les cotons
Louis Kerly : Joseph Prud’homme, un huissier, les chemins de fer
Bellet : un médecin
Robert Casa : un médecin, le monsieur, le dinar
Emile Roques : un médecin, Florestan, Turgot, le dollar
Robert Pizani : un médecin, le marquis, le zingueur
Raimu : un médecin, Colbert, le franc, la livre
Fontenille : elle, la royal deutch
Jean Deiss : lui, le gardien
Boucot : le monsieur, Sully, la livre, le franc papier
Suzanne Duval : la dame, l’énergie électrique
Ponviane : la baronne
Bellet : le jeune marié, un inventeur, le franc suisse
Jessy : la femme du jeune marié, une jeune femme
Geneviève Vix : l’exotisme, la voyante, la De Beers
Noel : l’assistant du médecin, le drachme
Mitty : le globule blanc, les caoutchoucs
Tillio : le globule rouge, les caoutchoucs
Paris : Astarté, les tabacs
Alerme : un monsieur, le nouveau ministre, le gaz
Rica : les tabacs
Jean Monet : le lait
Georges : le slotti
Chibaeff : les cuivres
Georgette Davis : les cuivres
Rouvière : la rente

Critique

L’Oeuvre, le 11 avril 1925
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Qu’est-ce qu’on nous disait donc ? MM. Guitry et Willemetz auraient écrit une revue réactionnaire et où le régime actuel « en prendra pour son grade ». ! Voilà bien les exagérations, les faux bruits d’avant-première ! Certes. à Marigny, la malice des auteurs s’exerce volontiers (et parfois avec un peu d’insistance) sur les puissants du jour, acharnés il trouver une solution. favorable, à. dénouer la crise financière, et que l’on déplace pour un oui pour un non, sans leur laisser le temps d’achever leur tache. Mais quoi ! n’est-ce point la vérité ?

Et d’autres revuistes, comme M. Rip par ’exemple, n’ont-ils pas, en maintes circonstances, plaisanté et « charrie » autour de thèmes analogues ? Je ne vois vraiment pas, dans Vive la République ! ce que l’on pourrait trouver d’anti-républicain. Au contraire, Sacha Guitry et Willemetz affirment leur confiance, leur espoir en la durée, en la santé d’un régime qui, en dépit de ses adversaires, ne s’en porte pas plus mal ; et si, au dernier acte, un homme masqué s’en vient accoler Marianne, chanter avec elle un duo d’amour, cet inconnu n’a rien d’un fasciste, d’un dictateur... Lorsque le rideau tombe, la République a repris « ses couleurs, est revenue à la santé. On nous laisse entendre qu’elle ne fut jamais bien "malade.

La Revue se porte assez bien, elle aussi, encore que tout n’y soit pas d’égale valeur. Le début (la consultation des médecins ministériels autour de Marianne, le duo de la Confiance et du Capital m’a paru un peu lent, un peu hésitant, un peu appuyé, et une certaine danse dirai-je : scientifique du globule blanc et du globule rouge assez déconcertante. Mais, aussitôt après, les auteurs se retrouvent, et nous écoutons deux scènes de haute liesse : la première, chez la voyante, où un futur ministre des finances se fait tirer la bonne (ou la dangereuse) aventure ; la seconde, au ministère des finances précisément où les nouveaux élus se succèdent à de brefs intervalles (lorsque le ministère tombe, le titulaire provisoire est prévenu automatiquement par des ampoules électriques) et où Sully, Colhert, Turgot, descendus de leur cadre, indiquent à leurs successeurs le plan financier rêvé.

Voilà de l’excellente satire, pas méchante pour un sou (pour un franc), et ,de. a fantaisie vraiment joyeuse. L’acte s’achève par deux tableaux (la Bourse en 1886, la Bourse en 1926), joli prétexte à cinq ou six épisodes, intermèdes symboliques, et qui nous montrent finement et allègrement la « danse » des valeurs. Au second acte (consacré presque tout entier au théâtre), la revue bat son plein, son plein de grâce et d’esprit, avec les débuts de Silvain à l’Empire, de Silvain parodiant la scène des portraits d’Hernani et invoquant les gloires du music-hall pour se donner « du cœur au ventre », et avec une charge truculente de La Prisonnière, de M. Bourdet. Ici la prisonnière devient un prisonnier, et vous devinez ce que les auteurs ont fait jaillir de cette situation à rebours, si j’ose m’exprimer ainsi. C’est un peu gros parfois, mais irrésistible en vérité. J’aime moins, je l’avoue, la scène chez Figaro modernisé. Elle piétine sans profit et ne s’excuse que parce qu’elle permet à M. Baugé de faire entendre sa voix.

De même les plaisanteries sur le futur théâtre de M. de Rothschild ne me paraissent pas bien neuves. Par bonheur, voici une très cocasse présentation d’un super-producer de music-hall passant en revue son personnel féminin dévêtu ; une satire ébouriffante de verve, de malice « autour » ; du cinéma, dont les tourneurs confient à des artistes étrangers les rôles historiques ; un délicat intermède, évoquant Degas travaillant d’après nature au foyer de la Danse,.et enfin une burlesque exhibition du jeûneur, malade d’indigestion, car, avant d’entrer en cage, il a trop bien pris ses précautions nutritives. Dans l’ensemble, un spectacle varié, amusant et qui, un peu allégé, fera, n’en doutez point, courir tout Paris.

D’autant plus que les auteurs, ont su grouper des interprètes de. choix. Louons M. Raimu, à la verve sonore, truculente, épique (il faut le voir en Colbert-, en Silvain, en jeûneur). Celui-là, il fut pour MM. Sacha Guitry et Willemetz un collaborateur de toutes les scènes. J’en dirai autant de Boucot, dont la fantaisie eperdue, sans cesse renouvelée, vise juste et va loin ; Alerine, si fin, si intelligent comédien ; la cordiale Véniat, les danseurs lillo et Mitty, d’une grâce bondissante, d une surprenante « inventivité ». Sans oublier M. Kerly, le véridique : M. Pizani (il égala Crock en le parodiant), et Mmes Duvalï, Pontvianne, Fontenille, Rouvière et non san talent. M. -Baugé, et Mme Geneviève Vix représentaient l’art musical, l’art lyrique.

Chaque fois qu’ils chantaient, la salle entière frémissait.d’aise. Pour un peu, on eût bissé chacun, de leurs morceaux. J’ajoute qu’a différentes reprises ils ont montré l’un et l’autre qu’ils savaient jouer la comédie, voire la farce, et consenti gentiment à nous divertir, après nous avoir mélodieusement émus et exaltés.

Edmond See, L’Œuvre, le 11 avril 1926