Fiche technique

Distribution
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Lucien Guitry Clément Beauvallet
Sacha Guitry Armand Raymond
Villa Léon Weissmann
Louis Kerly Un monsieur
Paul Valbret un machiniste
Georges Lemaire Henri Cornet
Yvonnes Printemps Maggy Gérard
Yvette Pierryl Jasmine Demay
Luce fayolle Julie Daucourt

Critique

Paris-Soir, le 27 mars 1925
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On ne joue pas la comédie pour s’amuser ou pour parler d’une manière plus explicite et plus formelle encore, faire du théâtre comme comédien, c’est un métier peut-être le plus beau de tous », nous dit (M. Sacha Guitry qui s’y connaît, mais ce métier exige de patientes études, de continuels efforts et pour tout dire, un grand nombre de sacrifices de toutes sortes. La jeune, jolie et spirituelle — c est Mme Yvonne Printemps — Maggy Gérard est somptueusement entretenue par un AI lanceur d’affaires » qui ne lui refusera pas, pour se distraire, de monter à ses frais une tournée où elle jouera le principal rôle.

Car elle rêve de devenir une comédienne acceptable qui finirait, peut-être, par jouer à Paris. Comme elle est absolument inconnue, elle a l’heureuse idée de s’entourer d’artistes talentueux, connus, même célèbres — tels le vieux Beauvallet (M. Lucien Guitry) qui ne joue plus depuis dix ans mais qu elle décide amortir de sa retraite — afin que leur prestige rejaillisse sur elle. Armand Raynond (M. Sacha Guitry), un jeune premier dont on parle pour un engagement au Théâtre Français et une ancienne petite camarade d’atelier devenue pensionnaire de l’Odéon, Jasmine (Mlle Yvette Pierryl) formeront, autour de Maggy, un ensemble des plus heureux.

Bien constituée, à l’exception de l’inexpérimentée comédienne improvisée, la tournée part. Ail deuxième acte, après qu’on a crié le programme dans la salle, « pour les débuts de Mlle Maggy Gérard, aux cotes du (célèbre comédien Beauvallet », le rideau pe lève lentement sur l’austère décor d’une salle de château où nous retrouvons nos acteurs : Maggy, Jasmine, Raymond et Beauvallet, en costumes Louis XIII, nous donnant le bouffon spectacle d’une charmante parodie théâtrale, une espèce d’à la manière de Dumas et Maquet, mais en vers : le riche seigneur amoureux couvre d’or une espèce de bandit, spadassin, mauvaise tête et bon cœur, qui doit ravir et lui livrer celle qu’il aime. A peine ce dernier est-il en possession du sac d’écus,qu il fait un signe et la belle, qui était en bas, monte et paraît.

Elle est timide, rougissante. Sa voix s’étrangle dans sa. gorge et elle ne peut, à la demande du beau sei- .gneur, qu articuler : « Je namanche un digui » ce qui veut dire : « Je naquis un dimanche. » Nous comprenons que la jeune débutante, troublée, bafouille cependant que ses camarades la laissent patauger lamentablement. Ah ! elle croit qu’on joue pour s’amuser ! La voilà détrompée. Nous sommes dans sa loge, le même Soir, au troisième’ acte. Seul, le vieux Beauvallet éprouve un peu de compassion pour cette touchante enfant qui ’S obstine et d’ailleurs, est bien loin de manquer d’intelligence, de sensibilité. Il lui donne, en cachette-, quelques conseils — las des leçons, non, des conseils, car, des leçons, cela se prend en regardant la vie, mais cela ne se donne pas — et la voilà bientôt meilleure, presque bonne, puis bonne et très bonne même enfin.

Le dernier soir de la tournée, c est à »Bordeaux, , une manière de triomphe — de triomphe provincial — en attendant les débuts à Paris, car l’imprésario Weismann a promis un prochain début, dans la même pièce au théâtre Sarah-Bernhardt. Maggy a déjà pu réaliser une partie de son rêve : elle a lâché son lanceur d’affaires qui s’est consolé avec sa camarade Jasmine et elle est devenue la maîtresse d’Armand Raymond, le beau jeune premier. Cette charmante, critique de la vie de théâtre a beaucoup plu et elle a remporté, justement, le plus beau succès. Les détails surtout en sont délicieux : Il faut jouer vrai’, dit le jeune, acteur au vieux maître. -Bien sûr, lui ! répond celui-ci’. Mais qu’est-ce que ça veut dire ? As-tu vu Chaliapine ? — Certainement, trouves-tu qu’il joue vrai ? — Certes. -Eh j bien, il chante. Cependant ori ne chante pas dans la vite. — ’observation et le trait juste, toujours.

M. Sacha Guitry a une manière de génie qui lui donne toutes les audaces et il exécute avec tant de bonne humeur et de grâce les exercices littéraires les plus périlleux son pastiche du vieux drame, dans cette pièce, est délicieux qu’ on ’est conquis, charmé. On ne regrette qu’une chose dans son théâtre, qui ne vise qu’à plaire, à amuser et y réussit magnifiquement, tout en suggérant, par endroits, d’aimables idées, c’est qu’il y ait un dernier acte, une dernière scène, une dernière réplique, un dernier mot, et que le rideau baisse. Alors il faut bien partir vers la vie qui est, hélas ! moins spirituelle, moins fantaisiste.

MM. Lucien Guitry, Bâcha Guitry et Mmes Yvonne Printemps et Yvette Pierrvl sont bien plus qu’excellents. On ne trouve plus d’épithètes pour louer l’autorité et la sobriété de leur jeu, jusque dans la fantaisie. MM. Villa. Kerly, Valbret et G. Lemaire et Mme Luce Fabiole ne sont pas au-dessous de la difficile tâche de tenir leur partie à côté de ce magistral quatuor. C’est beaucoup dire de leur talent.

Gabriel Reuillard, Paris-soir, le 27 mars 1925