Fiche technique

Distribution
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Lucien Guitry : Armand Berton
O. Berthier : René Vincelon
Yvonne Printemps : Suzette
Betty Daussmond : Madame Villeroy
Charlotte Barbier : Marie

Critique

L’Action, le 7 novembre 1921
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Jacqueline », de M.Sacha Guitry d’après une nouvelle de M. H » Duvernois est une manière de chef d’œuvre Une bonne œuvre Le théâtre est notre école du soir ! A ce titre, on ne saurait trop méditer le nouveau chapitre de morale en action que vient de nous donner le théâtre Guitry, je veux dire le théâtre Edouard-VII (mais du diable, si l’on sait ce que le feu roi Edouard VII vient faire là-dedans ?).

La trinité Guitry (le père, le fils et la bonne du Saint-Esprit, représentée par la gracieuse Yvonne Printemps) nous apporte dans Jacqueline une version assez neuve d’un problème fort ancien. Depuis le temps qu’il y a des femmes adultères — et ça remonte assez haut — les hommes n’ont pas encore réussi à s’accorder sur la question suivante : L’épouse parjure mérite-t-elle la mort, ou le pardon ?

Le Christ disait : « Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre ! » Mais M. Alexandre Dumas fils criait : « Tue-la ! » Et notre Code pénal oscille de l une à l’autre de ces deux conceptions avec un bel illogisme : Le tribunal correctionnel punit l’adultère de 25 franc d’amende, alors que la Cour d’assises acquitte l’époux qui tue.

Dirons-nous que le tribunal correctionnel, jugeant d’après le droit écrit, représente ici la morale d’hier, alors que le jury représenterait une évolution plus récente et plus rigoureuse de la conscience moderne. Non. Puisque notre théâtre a évolué exactement en sens opposé. Aucun auteur dramatique qui ne prêche aujourd’hui le pardon ! Quand on nous met à la scène des maris justiciers, c’est invariablement pour nous attendrir sur leur victime ou pour nous exposer leurs remords. Ainsi le jury des Cours d assises et le public des salles de spectacles — composés des mêmes éléments populaires — excusent dans la vie le mari justicier qu’ils réprouvent sur la scène. Pourquoi ? Apparemment, parce qu’aux Assises, on voit et on entend seulement l’avocat du meurtrier. L’exécutée a bon dos : Elle est au cimetière. Au théâtre, au contraire, jusqu’à présent, on la voyait, elle était touchante, et la pitié nous entrait par les yeux.

Or, voici une grande nouveauté î Délibérément, MM. Guitry père et fils, l’un acteur, l’autre auteur, viennent de se priver de cet argument et de plaider un procès d’adultère comme on le plaide au Palais de Justice, en dehors de la présence de la victime. Jacqueline ne parait pas en scène. On la tue dans la coulisse, dès le lever du rideau. Nous ne saurons mime pas si elle était brune ou blonde. Cependant, trois actes durant, nous n’allons cesser de nous attendrir sur elle. Nous assisterons aux remords épouvantables de son bourreau de mari.

N’est-il pas vrai que voilà un tour de force ? Comme il a été gagné hier de haute main, il se pourrait que cette victoire théâtrale de la bonté sur la cruauté nous présage une orientation nouvelle des jurys parisiens. Les maris qui tuent feront sagement d aller voir jouer cette Jacqueline, que son premier auteur (car M. Sacha Guitry n’a fait que l’adapter au théâtre), le romancier Henri Duvernois, avait d’abord intitulée : Morte la bête !... Il y a des bêtes innocentes qui ont la vie dure... Il y en aura de plus en plus. Avis aux massacreurs.

Ce n’est qu’une toute petite comédie en trois scènes plutôt qu’en trois actes. Mais la scène ultime, où il nous est démontré que le plus coupable des deux époux n’est pas toujours celui qui a faute, si elle n’encouragera personne à goûter les tristes joies de l’adultère, empêchera quelques assassinats. C est mieux qu’une bonne pièce, c’est une bonne œuvre.

Maurice de Waleffe, L’Action, le 7 novembre 1921