Certains auteurs, que je ne veux pas nommer pour permettre à ceux que je ne nommerai pas, et ils sont nombreux de se compter parmi eux, ont une réputation d’esprit, de fantaisie, de bonne humeur si bien établie, qu’il suffit de prononcer le nom de l’un d’eux pour provoquer spontanément le sourire et la sympathie. M. Sacha Guitry appartient à cette petite phalange.
Dans les deux premiers actes de sa pièce, il a justifié et confirmé une fois de plus sa réputation d’auteur original, spirituel, amusant, au dialogue d’une rare justesse, et, dans le troisième, un peu inattendu et légèrement flottant, il nous a prouvé, ce que nous savions déjà, qu’il était capable d’écrire des scènes de jolie comédie.
La pièce se passe Certains auteurs, que je ne veux pas nommer pour permettre à ceux que je ne nommerai pas, — et ils sont nombreux — de se compter parmi eux, ont une réputation d’esprit, de fantaisie, de bonné humeur si bien établie, qu’il suffit de prononcer le nom de l’un d’eux pour provoquer spontanément le sourire et la sympathie. M. Sacha Guitry appartient à cette petite phalange. Dans les deux premiers actes de sa pièce, il a justifié et. confirmé une fois de plus sa réputation d’auteur original, spirituel, amusant, au dialogue d’une rare justesse, et, dans le troisième, un peu inattendu et légèrement flottant, il nous a prouvé, ce que nous savions déjà, qu’il était capable d’écrire des scènes de jolie comédie.
La pièce se passe dans le monde des bookmakers ; l’un d’eux, M. Herbelin, propriétaire d’immeubles, n’a pas renoncé aux joies de ce monde, bien qu’il ait passé la cinquantaine, et il attend précisément une « petite » de dix-huit ans au moment où sou domestique vient lui annoncer qu’une demoiselle demande à le voir. Pour mettre celle-ci en joie et en confiance, Herbelin se cache sous la tablé ; la petite entre. c’est -la fille d’Herbelin. Cette jeune personne, élevée convenablement, ou à peu près, par une vieille parente, vient annoncer à son père que la vieille parente vient de mourir et que, désormais, elle habitera avec lui. Le bookmaker accepte avec plaisir cette combinaison, tout en se promettant de se débarrasser au plus vite, par un mariage, de cette fille gênante.
Justement, dans l’immeuble d’Herbelin, habite un charmant garçon, le comte Maurice de Varencey, qui, bien que complètement ruiné, n’en mène pas moins joyeuse vie, ce qui lui permet d’oublier qu’il doit trois termes et qu’il a de nombreux créanciers. Sans hésiter, Simone Herbelin, qui ne connaît pas Maurice, défend à son père de renvoyer ce locataire insolvable et noceur, et aussitôt Herbelin a l’idée cocasse de marier sa fille à ce panier percé.
Ce sont des idées de ce genre, qui, en donnant le ton d’une pièce, obligent l’auteur à les poursuivre jusqu’à la fin, sous peine de déconcerter quelque peu son public. Mais M. de Varencey refuse dignement l’offre qui lui est faite, et c’est seulement quand Hcrbclin, à bout d’arguments, et il en a, et de drôles met sa fille en présence de Maurice que celui-ci change d’avis. Seulement, il jure à Simone qu’il ne sera jamais son mari et elle, de son côté, fait un serment identique.Après cet entretien définitif, on peut être sûr que le mariage se fera au troisième acte, et c’est ce qui arrive, après que Maurice, installé à la campagne chez Herbelin, a rompu avec sa maîtresse, moyennant 20.000 francs pavés par le -bookmaker ; après que Varencey est devenu amoureux de Simone ; après que celle-ci nous a dit qu’elle aimait Maurice, puis qu’elle ne l’aimait plus, puis qu’elle ne pouvait l’épouser parce qu’elle avait eu un amant, et enfin qu’elle voulait devenir sa maîtresse et fuir avec lui. Maurice refuse cette dernière proposition et épouse Simone, parce que le mariage est une formalité sans importance.
Si je n’ai pas parlé jusqu’ici des personnages de la pièce, si je n’ai pas dit qu’ils appartenaient tous, ou à peu près, à un monde interlope, et qu’ils étaient plus ou moins véreux, c’est que l’auteur leur a donné un pittoresque, une bonhomie ct. une gaieté qui provoqueraient l’indulgence, s’il était permis d’employer ce mot après avoir entendu l’œuvre originale et amusante de M. Sacha Guitry.
L’interprétation d’Un Beau Mariage a été excellente. Mlle Charlotte Lysès a joué avec un naturel exquis le rôle de Simone. Mlle Suzanne Derval a été agréable à voir et ù entendre, et Mlle Marie Samarv très digne, très correcte.
M. Sacha Guitry est aussi plaisant dans ses jeux que dans son texte, et cela n’est pas un mince éloge. M. Arquillière (Herbelin) fut un excellent bookmaker enrichi, vulgaire et bonhomme. M. Bullier, très amusant dans le rôle d’un tapeur, et MM. Paul Plan, Tourneur et Alerme méritent des éloges.
Léon Miral, le XIX siècle, le 19 octobre 1911