La pièce plaît à M. Sacha Guitry, donc elle doit nous plaire. Le titre, une gageure. Une pièce de Scribe signée et jouée par Sacha aurait le don de dérider toute une assemblée. C’est l’enfant gâté du public, qui chérit la bonne publicité de sa vie privée. C’est de la bonne publicité, mais c’est aussi de la trop grande facilité, car M. Sacha Guitry, en se surveillant davantage et en travaillant quelque peu se découvrirait peut-être du talent. Nous lui en découvrons bien...
Une pièce de Sacha Guitry ne se raconte pas. C’est de l’esprit boulevardier et l’on rit par habitude, comme après tous les bons mots. On rit d’entendre les autres rire et l’on s’en veut même d’avoir trop ri. Une fois de plus, nous assistons au triomphe du mufle (je parle de la pièce). Un mari trompé, une femme adultère et un amant. C’est tout. M. Sacha Guitry joue le rôle de l’amant avec un naturel parfait, une désinvolture inquiétants qui nous fait oublier qu’il est tout jeune marié. Aussi bien, cala nous importe-t-il peu, n’est-ce pas ?
Nous retrouvons dans son style toutes les banalités d’une conversation entre gens d’esprit facile. M. Périer fait le mari et nous l’en plaignons. Il trouve parfois des intonations émouvantes et nous l’en félicitons. La femme, Mme Yvonne Printemps, est délicieuse, parfaite de spontanéité, de grâce, de caprice et de vérité. M. Baron fils est l’ami de la maison, enjoué, comique. Mme A. Leitner-Delonde est agréable et M. Hiéronimus fort drôle...
Cette pièce nous présente, en somme, la société finissante sous l’aspect d’un de ces foies déformés et tuméfiés dont on montre l’image aux enfants pour leur enseigner l’horreur de l’alcoolisme. M. Sacha Guitry ne l’a pas, fichtre, fait exprès.
P. Vaillant-Couturier, Le Populaire, le 23 avril 1919