Fiche technique

Distribution
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Sacha Guitry : Charles Hériot
Baron fils : Léon Vannaire
Georges Flateau : Paul Rocher
Jean Joffre : Vidal
Léon Lérand : Schutz
Alfred Dieudonné : Général La Gobette
Chartrettes : Un monsieur
Georges Six : Duroseau
Louis Vonelly : Georges
Lebreton : Goldenblum
Castelbon : Un jeune homme
Émile Albert : L’amant de la petite femme
Teror : L’Argentin
E. Jacob : Un spectateur
Alexandre Mathillon : Un valet de chambre
Eygen : L’homme de 2 mètres 05
Joulain : Un spectateur
Valot : Un monsieur agé
Demours : Un marchand de bonbons
Max Aliot : Un spectateur
Charlotte Lysès :| Paulette Vannaire
Jane Sabrier : Mme Vidal
Marthe Debienne : Lulu
Ellen-Andrée : 1ère ouvreuse
Germaine de Brysse : une grue
Meyrald : Une femme de chambre
Lierville : Une petite femme
Valdes : Mme Duroseau
Liliane Darzyl : 2ème ouvreuse
Diane Lux : Une spectatrice
Georgette Bois : Une spectatrice
Sarah Rolphen : Une spectatrice
Maryse Vanick : Une spectatrice

Critique

Le Figaro, le 4 octobre 1912
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La nouvelle comédie de M. Sacha Guitry a obtenu un succès éclatant, et je ne sais, à vrai dire, s’il convient de féliciter davantage dans cette brillante aventure l’auteur ou le comédien. Qu’ils se débrouillent. J’imagine d’ailleurs qu’ils doivent, être ce matin de trop bonne humeur l’un et l’autre pour se froisser de cette incertitude.

La Prise de Berg-op-Zoom échappe à la critique, et comme elle a raison ! C’est son adresse et c’est sa grâce. On ne saurait à vrai dire classer ces quatre acte dans telle ou telle catégorie, ils s’y refusent avec allégresse et entendent conserver leur liberté souriante et enivrée. Ils vont de l’extrême comique à’ l’extrême tendresse. Ils savent être parfaitement adroits jusqu’au moment où il est plus adroit encore de cesser de l’être. Ils ont toutes les malices, mais sans avoir l’air d’y prendre garde, et ils s’amusent si bien dans certaines scènes à paraître sincères qu’ils le deviennent tout à fait. Lorsqu’ils ne sont pas impayables, ils sont délicieux, et l’on goûte a les entendre un plaisir infini qui est toujours du joli plaisir et qui ne craint pas du tout, chemin et succès faisant, de s’embellir d’un peu d’émotion.

Les dons remarquables de M.Sacha Guitry ne nous sont jamais apparu avec plus de vivacité et d’évidence que dans son nouvel ouvrage. Peut-être, la Prise de Berg-op Zoom n’a-t-elle pas la profondeur un peu amère du Veilleur de nuit. Mais elle atteste chez son auteur des moyens infiniment plus variés, plus brillants, plus sûrs d’eux-mêmes : Et enfin il convient de ne pas oublier que la comédie qui nous occupe a été représentée non dans un petit théâtre, mais sur l’une des scènes les plus vastes et les plus redoutables du boulevard. M. Sacha Guitry s’est joué de ces difficultés nouvelles pour lui ; et Berg-op-Zoom, célèbre par son héroïque résistance, a eu vite fait d’amener à la plus joyeuse des capitulation un public qui s’est tout de suite déclaré vaincu.

M. Sacha Guitry avait tout ce qu’il fallait pour le désarmer : une grande variété d’invention, une habileté à toujours trouver le détail pittoresque et l’accessoire utile, un art très fin dans le choix et dans le dessindes grandes scènes, une rare souplesse qui lui permet d’aller de la fantaisie à la vérité sans jamais s’éloigner beaucoup ni de l’une ni de l’autre, et surtout un dialogue capable de lui fournir sans cesse les trouvailles les plus drôles et les plus inattendues, et. quand il lui arrive d’en avoir besoin pour faire passer une. situation, des excuses, que je défie les plus susceptibles de ne point accepter.

Notez bien que dans la Prise de Bergop-Zoom, M. Sacha Guitry a imaginé un point de. départ assez scabreux et qui n’était point du tout excellent. Le détournement de mineures n’est point encore, parmi les crimes et délits, sympathique au public, et il me semble que M. Sacha Guitry eût pu choisir toute autre infraction.au Code pénal. Mais, qu’importe ! Rien n’est plus avantageux à un auteur dramatique qu’une difficulté vaincue. Et celle-ci est en déroule dès le premier acte qui est une exposition claire et adroite. Le second acte est d’un mouvement et d’un imprévu tout à fait charmants,et quel plus précieux éloge lui donner il nous a paru tout à fait digne de se passer dans le décor du Roi Candaule.

Enfin voici le troisième acte. Il ne contient qu’une scène, mais quelle scène variée, comique, émue, toujours en progression et dont la fantaisie va presque jusqu’au, lyrisme, et cela dans le bureau d’un commissaire de police ! C’est au point que nous nous sommes demandé un instant et c’est peut-être une petite objection, si ce commis était bien un commissajre véritable. C’est là sans doute le fait (l’un vieux préjugé. Noùs consentons rarement à être arrêtés par la police, mais jamais à être charmés.par elle. Cette scène est exécutée avec une vérité, une grâce et une vigueur singulières. Elle aurait pu s’achever envers sans que nous en eussions été choqués. On l’a acclamée.

Le dernier acte n’est qu’un dénouement, mais il contient un élément nouveau la confusion en une seule personne du commissaire et de l’amant et il est traité avec une franchise et une belle humeur qui nous ont aisément fait oublier ce qu’il peut avoir d’un peu schématique et d’un peu complet. Tel est le bilan de cette heureuse soirée que M. Sacha Guitry, s’il est reconnaissant aux dieux favorables, devra marquer de tout un petit sac de pierres blanches.
M. Sacha Guitry est en train de devenir un grand comédien. Il joue de race.

On demeure stupéfait et charmé de ce mélange de naturel et d’autorité, de bonne grâce naïve et de scepticisme souriant. Il est servi par d’admirables moyens : une voix chaude et tendre, et un physique si épanoui et si joyeux qu’il lui suffit de s’attrister un tout petit peu pour paraître avoir un grand chagrin. L’auteur doit être joliment satisfait de son interprète qui ne peut manquer de lui rendre la pareille. Mme Charlotte Lysès a certainement trouvé son meilleur rôle dans le personnage de Paulette. Elle y a été d’une grâce et d’une simplicité remarquable.

On a fait grand succès aussi à M. Baron fils (Léo Van naire) trop souvent relégué dans de petits emplois et qui nous a vraiment divertis par son comique ahuri et bonhomme. Mlle Marthe Debicnnc a été charmante dé gentillesse et d’ingénuité dans la silhouette du petit modèle Lulu. On n’est pas plus joliment Lulu Mlle Debienne. Il faut complimenter pour leur àdresse et leur entrain MM. Lérand, J offre, Georges Flatleau, et Mmes Jane Sabrier et Ellen-Andrée.

Robert de Fiers, Le Figaro, 4 octobre 1912