Revue en deux actes et un prologue
En collaboration avec Albert Willlemetz
Crée au Théâtre du Palais-Royal le 5 novembre 1915 (82 représentations du 5 novembre 1915 au 12 janvier 1916)
En annonçant au public de la répétition générale, le nom des auteurs de Il faut l’avoir, Mlle Cassive a fort justement spécifié que c était une comédie-revue que nous venions d’entendre et d’applaudir. Nous n’attendions d’ailleurs pas de M. Sacha Guitry la revue d’un revuiste. Nous nous disions par avance que si sa coutumière et charmante fantaisie allait pouvoir se développer de la façon la plus libre et la plus heureuse dans le cadre d’une revue, elle saurait sûrement, par instants, s’en échapper pour notre plus grand agrément. Notre attente n’a pas été déçue, et si la revue qui vient d’être jouée au Palais-Royal, à la coupe ordinaire de toutes les autres, si nous y avons salué au passage comme des connaissances tout de suite retrouvées le prologue d’antan, de jolies femmes qui, elles n’étaient point d’antan et des dames qui nous ont causé bien du plaisir, elle en diffère par bien des côtés.
Au cours de ces deux actes, M. Sacha Guitry a touché à bien des sujets et à de nombreuses matières, héroïques ou plus familières ; ils les a traitées avec un égal bonheur. Il a le sens de la mesure, il a du tact et du goût ; il s’arrête dans le moment que le public allait le lui demander. Ce n’est point là assurément une mince qualité. Si je ne voyais pas très bien la scène, je voyais en revanche admirablement la salle... Voici Mmes Pierson, Colette, Marguerite De val, Jane Pierly, Mamac, etc. Côté des hommes, voilà MM. Arthur Meyer, Vin cent, Isola, Feydeau, Paoli, tout amusé de retrouver sur la scène les traits du préfet de police. L’interprétation de Il faut l’avoir est en tout point remarquable. Si M. Sacha Guitry n’y figure pas en tête, c’est que, sans doute, il ne chante pas. Nous avons revu et avec quelle joie !Mlle Cassive.
C’est le mouvement et la vie personnifiés. Tour à tour, gaie, charmante, émue, elle a déchaîné de formidables applaudissements. Quelle rose fraîche et délicieuse, comme son nom, a personnifiée Mlle Yvonne Printemps ! Toute rose hier, toute noire, muée en anthracite, à quel moment Mlle Yvonne Printemps est-elle la plus jolie ? Mlle Nina Myral nous a bien amusés. Mlle Pierrette Madd, en collégien, a montré de l’aisance et du charme. Rendons un hommadge, si j’ose dire, à la beauté de Mme Madge Demy, plus séduisante que Thaïs ne le fût jamais, je l’imagine, du moins. Mlle Musidora est fine et spirituelle ; j’ai eu l’occasion de dire en commençant tout le succès de M. Charles Lamy dans une des scènes maîtresses de la revue. Nous hésitions à un autre moment, à le reconnaître en habit, fort joli garçon et me permettra-t-il de le lui dire très sensiblement rajeuni. Renseignements pris, c’était son fils.
Vous connaissez le talent fin, nuancé, et pourtant copieux de Vilbert. Il a été le type même du G. V. C. fruste, résigné, joyeux ; il a été étonnant ; M. Arquillière, le bookmaker de Un bon mariage est revenu nous faire une visite : même physionomie, même silhouette, même succès. Puis, le bookmaker a disparu pour faire place à un capitaine de l’armée française, à Cyrano revenu servir le France, et qui, s’il n’a plus sa fraise et son pourpoint a gardé son épée et son panache. On l’a salué très bas. Raimu, roi démocratique d’un pays neutre, bon enfant, bon garçon et d’une impayable drôlerie, Victor Henry, viveur falot, MM. Gabin, Mondos, excellents dans des rôles excellents complètent selon la formule un ensemble dont vous savez maintenant toute la valeur.
Le Flambeau, 13 novembre 1915