Fiche technique

Distribution
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Yvonne Printemps : Mariette
Sarah-Bernardt : Mariette
Lucien Guitry : le Roi Jérôme
Sacha Guitry : le Prince Napoléon
Alexandre Duval : le Majordome
Louis Maurel : 1er Valet de pied
Marcel Lévêque : 2ème Valet de pied
Noblet : l’Interviewer

Critique

Comédia, le 5 décembre 1920
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La brillante carrière dramatique de Georges Noblet eut, hier, l’apothéose qu’elle méritait. Noblet, qui a voulu quitter la scène à son heure, et a eu la fierté de ne pas vouloir y changer d’emploi, emporte, certes, avec lui, cette distinction raffinée qui fit le charme et la particularité de toutes ses créations, mais il laisse parmi les artistes le souvenir d’un homme de cœur et de dénouement.

Ils étaient nombreux, les camarades qui avaient tenu à l’assister lors de sa dernière entrée en scène, et tous, artistes de talent, soit en jouant, chantant, dansant ou dessinant, ils lui apportaient une preuve nouvelle de leur Sympathie ou de leur admiration.

M. Sacha Guitry, l’ami intime et fidèle de Georges Noblet, dont le cœur déborde de générosité, avait écrit un délicieux « à-propos », dit avec finesse et sincérité par M. Félix Huguenet. On ne pouvait présenter un comédien avec une plus spirituelle simplicité. Pas d’emphase, mais d’exquises peintures du caractère de l’homme et du comédien, et de justes appréciations sur sa carrière et son talent.

Dans Le Marquis de Priola, M. Le Bargy fit à la Comédie-Française une sensationnelle et inoubliable création du héros d’Henri Lavedan. Après plusieurs années d’absence, le grand comédien reparut sur la scène au gala Noblet, en interprétant le deuxième acte de cet ouvrage, avec Mme Gabrielle Dorziat, élégante et sincère et les deux remarquables artistes de la Comédie Française, M. Léon Bernard, toujours si naturel, et M. Georges Leroy, au jeu précis et autoritaire. Quant à M. Le Bargy, il fut acclamé dans ce rôle, qu’il a empreint d’une inoubliable personnalité. Un de nos auteurs dramatiques en renom faisait suivre le nom de M. Dominique Bonnaud du titre de « premier Chansonnier français ».

Certes, on ne peut manier la satire avec plus de délicatesse et faire preuve d’ironie avec plus de saveur. Les spectateurs du gala Noblet s’en aperçurent encore hier. Lorsque Mlle Barrientos parut, ce furent de chaleureux applaudissements. De sa voix de soprano, si nuancée, si claire, si magnifiquement timbrée, elle chanta, accompagnée avec virtuosité au piano par M. André Messager, et le même et bel accueil fut réservé au chanteur russe Koubizkiy, dans ses mélodies, qu’il interpréta avec charme et assurance.

Peut-on imaginer un coup dé crayon plus vif, plus précis que celui de M. Sem. Sur la scène du Théâtre Sarah-Bernhardt il campa en quelques traits de fusain les amusantes et spirituelles caricatures de MM. Lucien Guitry, Millerand, Clemenceau, dessins qui vendus aux enchères par M. Numès atteignirent la somme de mille francs.

Deux fantaisistes entrent en scène, ce sont Mlle Mistinguett et M. Harry Pilcer, accompagnés avec brio par l’orchestre Hawaïen, ils exécutèrent leurs danses avec une suprême élégance et une naturelle souplesse.
La troisième partie du programme comprend une comédie nouvelle en deux actes, de M. Sacha Guitry. Sacha Guitry a le don de ravir son auditoire. Qu’il présente une comédie de caractères ou qu’il traite un sujet historique, dès les premières répliques de ses pièces il se répand parmi les spectateurs un charme communicatif, tant il met dans ses scènes de bonne humeur et de grâce.

Pour son ami Noblet, M. Sacha Guitry a écrit deux actes dont l’intrigue repose sur un fait historique, mais sa fertile imagination a entouré les événements de notre histoire d’une très piquante fantaisie. Dans la nuit du Coup d’État, le prince Napoléon (M. Sacha Guitry), pensif et rêveur, est verni souper avec une jeune et délicieuse amie. Mariette (Mlle Yvonne Printemps) qu’il entoure d’affection et de tendresses. Mais le Devoir l’appelle, demain il sera empereur, le prince a tout préparé et il doit dire adieu à celle qu’il aime. Un visiteur trouble le tête à tête, c’est l’oncle du prince Napoléon, le roi Jérôme (M. Lucien Guitry), qui semble douter de la réussite des grands projets de son neveu, mais finit par lie suivre, tandis que Mariette reste seule et désemparée.

Les années ont passé, Mariette a des cheveux blancs (Mme Sarah Bernhardt), elle est alors interviewée par un journaliste (M. Noblet), qui est un ancien comédien, et pendant leur entretien, elle vante les charmes de la vie théâtrale et évoque les tristesses qui doivent s’emparer d’un artiste dont la retraite est prématurée. On ne pouvait traiter l’actualité avec plus de saveur et d’esprit. Cette concise analyse ne peut donner une idée de cette comédie au dialogue si léger, tout parsemé de traits de la plus fine observation, et interprétée, par d’incomparables et illustres artistes. Mme Sarah Bernhardt, dont les géniales compositions soulèvent t’enthousiasme, qui, une fois de plus, a fait passer sur tout son rôle la plus exquise poésie et a trouvé des accents d’une frémissante expression. M. Lucien Guitry, ce prodigieux comédien, qui découpe de pittoresques silhouettes, évoque avec puissance et autorité les plus grandes personnalités et campe ses types d’une magistrale façon.

M. Sacha Guitry, qui a l’art des nuances, joue avec un naturel si parfait, détaille avec netteté et vit avec tant de sincérité ces personnages qu’il a créés. Mlle Yvonne Printemps, au sourire si délicat, qui fait planer sur toutes ses scènes la plus tendre émotion, et marque ses répliques de grâce intense et de çharme. Dans le rôle du. majordome, M. Alexandre Duval en personne fut d’une correction très distinguée et MM. Maure ! furent des valets de pied de grand style. Quant à Noblet, ému, confus, toujours simple et modeste, il dissimula sa tristesse sous sa benne humeur habituelle et, lorsqu’à la fin des deux actes, Mmes Jeanne Gramer, Simone, MM. Victor. Boucher, Galipaux, Huguenet, Raimu et Tarride vinrent lui dire de la salle combien il était regretté, le comédien qui avait toujours fait rire, ne put s’empêcher d’essuyer une larme.

Jules Delini, Comédia, le 5 décembre 1920