Fiche technique

Distribution
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Maxime Desjardins : André Naville
Coquet : Edmond Gerbal
Deguin-Gand : Georges Roullier-Davanel
Duard : Guiday
Desfontaines : Saint-Romain
Maupré : De Blemont
Saturnin Fabre : Kist
Flève : le prince de Houwatuciwitch
Dullin : un jeune hollandais
Tissearnd : un valet de chambre
Fernande Van Doren : Marthe
Charlotte Lysès : Lisbeth
Lukas : Lili Whight
Jane Faber : Rose d’octobre
Luce Colas : la mère de Lisbeth
Cécile Didier : Jane Brasier

Critique

La Vie Heureuse, le 1er avril 1908
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" M. SACHA GUITRY, est une pièce bien parisienne : elle est faite de rien, et l’on y trouve un peu de tout. Ce n’est pas assez dire. Elle pourrait aussi bien s’intituler le Parisien.

Au premier acte, le Parisien, André, s’est réfugié dans un poétique village de Hollande où il prétend oublier celle qu’il aime, Marthe, et quelle elle l’a quitté, arceaux canaux,aux tulipes,aux soleils couchants,grâce surtout a Petite Hollande. Petite Hollande, c’est Lisbeth, innocente et timide. Mais un ami arrive de Paris, lui apprend que Marthe n’est pas heureuse. Il part aussitôt, abandonnant Petite Hollande fondue en larmes. Et l’on a dans ce premier acte les éléments d’une mélancolique et touchante comédie psychologique sur "l’Impossible oubli ». Le second acte aussi se suffit a lui-même, il constitue ce qu’on appelait il y a quelque dix ans une comédie « rosse ». André reprend Marthe parce qu’il la brutalise. Il est vrai que cela se passe dans un monde de viveurs. C’est extrêmement parisien. Le troisième acte, qui nous ramène en Hollande et à Petite hollande, garde vis-à-vis des deux autres une jalouse indépendance.

C’est une sorte d’allégorie : « Hercule entre le Vice et la Vertu ». L’Hercule parisien embrasse d’abord la Vertu-Lisbeth, mais Marthe le surprend, se fait jalouse : il ne peut plus douter qu’elle l’aime. La Vertu lui a rendu le Vice. Lisbeth reste seule... Il n’y a pas de quatrième. On pourrait croire que cela fait plutôt trois pièces qu’une. Eh bien, il y a tout de même une pièce. 11 y a une pièce, parce qu’il y a un caractère, un type, un héros, qu’on peut suivre du commencement à la fin, qui est curieux, vrai, vivant, simple et très complexe. Le héros, c’est « le Parisien ».

Le Parisien est intelligent et avisé. Il a du goût. Il prétend avoir de l’expérience et connaître la vie, parce qu’il connaît ses illusions. Il croit qu’il a de la volonté parce qu’il sait qu’il faut en avoir. Il est plus qu’homme au monde capable de bons sentiments, de sentiment, de passion même. Il a des idées profondes sur le véritable amour. Mais il redoute par-dessus tout le ridicule et il s’imagine que la férocité est mieux portée. Il est ironise par timidité, « mufle » par naïveté. Enfin, il est spirituel, il a l’esprit dans le sang comme une maladie héréditaire. 11 en met partout, il lui sacrifie tout. C’est sa gloire et sa tare. On est Parisien ou on ne l’est pas. Le Parisien de M. Sacha Guitry est bien Parisien.

Henri L. de Perera, La vie heureuse, le 1e avril 1908