Fiche technique
Distribution
Blanche Toutain : Antoinette Berger dite Nono
André Dubosc : Robert Chapelle
Victor Boucher : Jacques Valois
Delphine Renot : Madame Weiss
Renoux : Jules
Suzanne Gallet : Maria
Delville
Comédie en trois actes
Crée au Théâtre des Mathurins, à Paris, le 6 décembre 1905 (62 représentations du 6 décembre 1905 au 28 janvier 1906)
Nono, une jeune femme un peu écervelée, est la petite amie de Jacques Valois, un jeune homme de bonne famille dont les dépenses inconsidérées indignent son père qui va l’expédier à l’étranger. Il demande alors à son ami, Robert Chapelle, un poète dans la quarantaine, de s’occuper de Nono en son absence. Robert, qui se sent très attiré par Nono mais qui est affligé d’une vieille maîtresse, Madame Weiss, refuse d’abord puis se laisse convaincre.
Blanche Toutain : Antoinette Berger dite Nono
André Dubosc : Robert Chapelle
Victor Boucher : Jacques Valois
Delphine Renot : Madame Weiss
Renoux : Jules
Suzanne Gallet : Maria
Delville
Mais j’ai hâte de vous parler du nouveau spectacle que nous à offert le petit théâtre dés Mathurins ; au reste, les Mathurins, hier soir, c’était encore le théatre Guitry, et le directeur de la Renaissance ne nous
en voudra pas de lui fausser un peu brusquement compagnie, puisque nous ne sortirons pas de la famille. Car, tandis que M. Lucien Guitry, le père, se faisait applaudir une fois de plus comme comédien, M. Sacha Guy, Lui, remportait, comme auteur, un des plus jolis petits triomphes auxquels il nous ait été donné d’assister.
Ce n’est pas tout à fait un début, puisque ce tout jeune auteur compte déjà deux succès en un acte à son actif ; mais c’est tout de même une révélation. Oh ! je ne crains pas d’employer les grands mots et je ne tiens d’ailleurs pas à être cru sur parole ; je serais même enchanté que vous refusiez de me croire et que vous préfériez y allez voir. Pour-ce qui est de vous raconter Nono acte par acte (car M. Sacha Guitry y est allé bravement de ses trois actes), ne comptez pas sur moi. Nono est irracontable. (C’est un de ses mérites, encore que le plus minces à mes veux.) Pourquoi ? Parce que le charme en est insaisissable, fait de mille choses et de-rien, parce que c’est d’un bout à l’autre exquis, attachant et neuf, oui très neuf et que celle nouveauté n’apparaîtrait pas assez évidente à l’analyse, où qu’alors il me faudrait plusieurs colonnes. Ah je savais bien que vous n’insisteriez pas.
Quand je vous aurai dit que le petit Jacques Valois, l’amant de Nono, envoyé en pénitence en Allemagne par ses parents, a eu la candeur de conter Nono à un sien ami quadragénaire, Robert Chapelle, que celui-ci, excédé d’une vieille liaison, perd, au frais contact de Nono, et sa mélancolie et ses scrupules ; qu’il s’approprie illico et Nono et les mensualités que Jacques lui envoie ; que celui-ci revient et que les deux amis ont entre eux une explication qui est bien la chose la plus cocasse, en plus spirituelle, la plus folle, la plus tranquillement audacieuse que je sache ; quand je vous aurai confié tout cela et la suite, impayable suite, de plus en plus hardie et qui ne devient jamais vulgaire, vous ne saurez rien de Nono : tandis que quand vous l’aurez vue, Vous conviendrez avec moi, qu’il y a là mieux qu’un sujet agréable et qu’un développement réussi : tant de clairvoyance, d’ingéniosité, d’adresse, tant de spontanéité dans l’observation et dans le mot, surtout tant de bonne humeur fraîche et franche, constitue un rude tempérament d’auteur dramatique.
Au triomphe personnel de l’auteur je ne ferai qu’une réserve : il est admirablement interprété. Nous avons eu maintes fois l’occasion d’apprécier le naturel, la verve flegmatique de M. André Dubose, la grâce comme ingénument perverse et si pénétrante de Mlle Blanche Toutain, le comique fin et très personnel de M. Victor Boucher. Ces excellents comédiens se sont surpassés hier et, très heureusement secondés par Mmes Delphine Renot et Suzanne Gallet, MM Renoux et Delville , ils réalisent un ensemble que bien peu de grands théâtre seraient en mesure de nous offrir. Allez voir Nono.
Alfred Athis, L’Humanité, le 7 décembre 1905