Fiche technique

Distribution
carré

Abel Tarride : Camille Bourly
Signoret : Michel de Maubourg
Noizeux : Chaînon
Lauzerte : Jehan de Pierresec
Peyrriere : André
Puylagarde : Charles
Saint-Bonnet : Philippe
Bosman : le valet de chambre
Paul Worms : le mousse
Réjane : Germaine Scheider
Charlotte Lyses : Comtesse de Perelles
Barrely : Madame Mollien
Lavigne : Nna
Dermoz : Yseult
Rapp : Lucile
Fusier : la femme de chambre

Critique

Le Parisien, le 9 mai 1905
carré

M. Sacha Guitry nous a donné, hier, sur le théâtre de Mme Réjane, une... déception en quatre actes. J’étais de ceux qui, il y a six mois, avaient salué avec plaisir, dans le tout jeune fils d’un parfait comédien, des dons heureux et pleins de promesses. Les dons existent encore sans doute ; mais les promesses n’ont pas été tenues. A la place de la fantaisie primesautière d’un auteur dramatique bien doué, nous avons eu la quelconque improvisation d’un collégien précoce. C’est dommage.

Camille Bourly, compositeur chansonnier de Montmartre, est, depuis quatre ans, l’amant d une femme du monde (de quel monde !), qui est mariée. Un beau soir, elle arrive chez son amant, à qui des camarades
plus tumultueux que plaisants rendent visite ; elle lui annonce que, s’étant disputée avec son mari, elle l’a quitté : quand le divorce aura été prononcé, elle pourra devenir la femme de Bourly. C’est pour le miséreux Bourly une fortuné inespérée : il accepte la main chargée de pierreries qui lui est tendue.
Le mariage aura lieu dans deux mois. Bourly a la situation de fiancé. 11 voudrait plus : il désirerait s’installer définitivement dans jappai toment chaud et capitonné, avoir la « clef ». Mme Germaine Schneider refuse : elle donne pour prétexte les convenances. En réalité, elle veut conserver sa liberté. Elle a besoin de son indépendance ; elle traite déjà Bourly en mari : elle s’apprête à le tromper. Ce serait avec un jeune daim, Michel de Maubourg, qui est lui-même ! amant d’une petite comtesse fort jalouse.

La petite comtesse, inquiète, avertit Bourly : mais elle ne lui dit pas le nom de celui qui prend le cœur de Germaine (est-ce bien le cœur ?). Ce nom, elle le met sous une enveloppe, en disant à Bourly : « Quand vous voudrez savoir avec qui l’on vous trompe, ouvrez l’enveloppe ! » Sur quoi, Bourly est fort ennuyé. S’il ouvre l’enveloppe, le voilà forcé de connaître le coupable, de le provoquer, de le châtier. Et que deviendra le mariage ? Le mieux serait d’emmener Germaine. Mais où ? Comment ? Précisément, Michel
lui propose une promenade en yacht, avec Mme Schneider : Bourly accepte avec joie l’invitation.

Sur le yacht, Bourly a le mal de mer. Michel et Germaine, plus solides, peuvent se livrer aux ébats qu’ils s’étalent promis. Dans un intervalle de lucidité, Bourly, qui se croit très loin de son séducteur, ouvre la lettre. Patatras ! Il lit le nom de Michel. On revient à Paris. Que a-t-il se passer ? Tout s’arrangera : Michel est repris par la petite comtesse. Après une explication bien extraordinaire, Bourly restera le « fiancé » de Germaine, qui, cette fois, lui donne la clef.

Vous voyez combien peu cette histoire montmartroise est passionnante. Quel intérêt pouvons-nous prendre aux arrangements d’un bohème sans scrupules, d’une gourmandise déchaînée, d’un gandin grotesque et d une comtesse hystérique ? M. Guitry nous dira : « Pardon ! j’ai vu de ces tristes personnages : j’ai le droit de les mettre sur la scène. » Oui, certes, mais nous avons, nous, le droit de ne pas nous y intéresser. L’un d’eux dit : » Je me dégoûte. » Alors ?

On embrasse beaucoup Mme Réjane dans cette pièce : la grande artiste préférerait peut-être jouer quelques jolies scènes. M. Tarride interprète avec une rare habileté le rôle dangereux de Bourly ; M. Signoret et Mme Lysés (Michel et la comtesse) sont fort amusants. M. Sacha Guitry avait gagné la première partie ; il a perdu la seconde. Nous l’attendons à la « belle ».

Le Parisien, le 9 mai 1907