Critique

Alger républicain, le 15 janvier 1944
carré

Sacha Guitry vient de pondre un livre. Comme si la France n’a- vflit pas assez de malheurs ! Ce livre, c’est l’histoire de tous les grands personnages de Fnan- ce. Sacha n’a cependant pas osé s y mettre ,* pas ailleurs que sur la couverture. C’est déjà trop : pour une fois qu’il avait une crise de modestie, il aurait pu aller jusqu’au bout ! Le titre ? « De Jeanne d’Arc à Philippe Pétain ». Tout simplement ! Autrement dit | ; de celle qui a délivré la France à celui qui l’a livrée. Mais peut-être Sacha a-t-il mis Pétain comme point de comparaison, comme repoussoir ? Jeanne voulait bouter l’ennemi hors de France, Pétain l’y a appelé. Henri IV menait son panache blanc sur le chemin de l’honneur, Pétain a hissé le drapeau blanc sur celui du déshonneur. D’Assas avait crié : « A moi d’Auvergne ! », Pétain aussi... mais c’est à Laval qu’il l’a dit. Louis XIV disait : « L’Etat c’est moi ! mais il était le Roi-Soleil ; Pétain dit aussi qu’il est l’Etat français... mais il n’est qu’un astre éteint. Napoléon était « le petit caporal », Pétain est « maréchal le petit ». Lyautey était un grand colonisateur, Pétain a livré l’Indochine. D’ailleurs, le même L,yautey, qui s’y connaissait en hommes, disait de Pétain : « C’est un ex cellent caporal de corps d’armée ! » Mais Pétain n’a même plus dfarmèe : U n’a plus que des miliciens et des S-S. On nous apprend que le bouquin de Guitry n’est tiré qu’à mille exemplaires. Moi, je serais Darnand, je ferais immédiatement fusiller M. Guitry pour défaitisme. Pensez... Oser dire qu’il n’y a que mille traîtres en France ! Marcel PICARD.