Où l’on voit M. Sacha Guitry, baron, soliloquer, revenir chez lui après un accident de voiture, devenir bon et vouloir attacher à sa personne Fernandel qui lui a sauvé la vie, Lana Marcohi qui le charme et le soigne, et Jeanne Fusier-Gir qui l’ennuie. Situation très désagréable pour les domestiques qui voient fondre ainsi leur part d’héritage, mais tout rentre dans l’ordre.
A friser le ridicule, on risque la permanente ! J ’ai vu un film très drôle, une désopilante parodie du style Sacha « Toutes ces femmes concupiscent, à Guitry. Des humoristes imitent Sacha Guitry, tant dans son verbe que dans sa chair, lui font dire des choses définitives, font des allusions assez osées puisqu’elles vont jusqu’à l’impuissance des vieillards. Il suppose, en face un Fernandel fernandelisant qui joue le brave type vulgaire, qui fait des mines de l’accent. Les humoristes en question ont mis autour un certain nombre d’acteurs qui jouent aussi faux pour nous montrer ce que devient un théâtre en carton quand on le mène à son paroxysme. Un petit défaut pourtant, leur « mise en boîte » dure un peu trop longtemps. La scène verdeur, de Sacha Guitry et des domestiques, la scène des domestiques derrière la porte, la scène de Sacha Guitry au téléphone, le soliloque de Fernandel racontant sa vie comme une fable, sont une choses trop longues et que jamais Sacha Guitry, avec son sens du théâtre (ne parlons pas de cinéma dont il n’est pas question ici) n’aurait tolérées.
Autre erreur qui fausse le portrait, ii prête à Sacha Guitry des jeux de mots absolument indignes de ce maître au pétillement incessant. Ils le font lourdement plaisanter sur la tête de cheval de M. Fernandel, il lui font accumuler de mauvais calembours dont Vermot aurait rougi. Enfin, ils placent sous sa signature des mots qui ne sont plus audacieux, mais carrément déplacés comme de donner pour réplique à Fernandel au moment ou arrive Lana Marconi "toutes ces femmes compissent". Il faut des limites à la charges, mais telle quelle, cette histoire donne à chacun son bon paquet de ridicule et si le cinéma n’était pas une roue qui tourne, on pourrait dire qu’il ne s’élèverait pas.
A la dernière minute, je m’aperçois que ce n’était pas une parodie, mais que le rôle de M. Sacha Guitry était joué par M. Sacha Guitry, celui de Fernandel par Fernandel. Cela change tout, mais cela "prouve" que le maître est toujours bien spirituel, puisqu’il se plaisante avec tant de verdeur.
R.M.Arlaud, Combat, le 20 mars 1951