Fiche technique

Distribution
carré

Daniel Gélin (Bonaparte)
Raymond Pellegrin (Napoléon Ier)
Michèle Morgan (Joséphine de Beauharnais)
Sacha Guitry (Talleyrand)
Danielle Darrieux (Éléonore Denuelle de La Plaigne)
Lana Marconi (Marie Walewska)
Dany Robin (Désirée Clary)
Michèle Cordoue (Julie Clary)
Patachou (« Madame Sans-Gêne »)
Micheline Presle (la reine Hortense de Beauharnais)
Gianna Maria Canale (Pauline Borghèse)
Nicole Maurey (Mme Tallien)
Maria Favella (Mme Lætitia)
Marguerite Pierry (Mme de Chabrol-Trompiez)
Pauline Carton (une aubergiste)
Jeanne Boitel (Mme de Dino)
Anna Amendola (Caroline Murat)
Maria Schell (Marie-Louise d’Autriche)
Cosetta Greco (Elisa Bacciochi)
Darling Légitimus[2] (Blanche, la nourrice)
Madeleine Lebeau (Émilie Pellapra)
Simone Paris (La comtesse de Blanc-Mesnil)
Marie Mansart (Mme Bertrand)
Anne Carrère (Mme Hamelin)
Martine Alexis (Mlle Delacroix)
Flore Florence (Mme Clary, mère)
Pierre Brasseur (Barras)
Yves Montand (le maréchal Lefebvre)
Henri Vidal (le maréchal Murat)
Luis Mariano (Garat, le chanteur)
Serge Reggiani (Lucien Bonaparte)
Jean Chevrier (le général Duroc)
Maurice Escande (Louis XV)
Noël Roquevert (le général Cambronne)
Jean Marais (le comte de Montholon)
Orson Welles (Sir Hudson Lowe)
Jean Gabin (maréchal Lannes)
Erich von Stroheim (Ludwig van Beethoven)
Jean Marchat (le général Bertrand)
Jean Piat (Junot)
Daniel Ivernel (Cambacérès)
Gilbert Gil (Louis Bonaparte)
Lucien Baroux (Louis XVIII)
Robert Manuel (Joseph Bonaparte)
Clément Duhour (le maréchal Ney)
Roger Pigaut (le marquis de Caulaincourt)
Maurice Teynac (le comte Emmanuel de Las Cases)
Jean-Jacques Delbo (le général Beker)
Jacques Dumesnil (Jean-Baptiste Bernadotte)
Gino Antonini (le pape Pie VII)
Louis Arbessier (le maréchal Berthier)
Umberto Melnati (le cardinal Fesch)
Jacques Varennes (Boissy d’Anglas)
Claude Arlay (Jérôme Bonaparte)
Gilbert Bokanowski (Louis XVI et Marchand)
Marcel Vallée (le général Carteaux)
Aimé Clariond (Corvisart)
Jean Pâqui, dit le « chevalier d’Orgeix » (le général Flahaut)
Jean Debucourt (Fouché)
Roland Alexandre (le comte de Blanc-Mesnil)
Jean Danet (le général Gourgaud)
Georges Vitray (Gohier)
Charles Moulin (le général Mortier)
Armand Mestral (le général Oudinot)
O.W. Fischer (le prince von Metternich)
Jean-Pierre Aumont (Regnault de St-Jean d’Angely)
Howard Vernon (Lord Liverpool)
Denis d’Inès (Sieyès)
Marcel Journet (Choiseul)
Jean-Marc Anthony (Marmont)
Antonio (le coiffeur)
André Chanu (le général Petit)
Roland Bourdin (Claude François de Méneval)
Bernard Lefort (un chanteur)
Illial (Ali)
Fernand Fabre (François II, d’Autriche)
Joë Hammann (le général Kellermann)
René Worms (M. de Barbé-Marbois)
Bob d’Arcy (Wellington)
René Blancard (le général Dummerbion)
André Auger (un parlementaire)
Henri Cote (un parlementaire)
Pierre d’Arcey (un parlementaire)
Lucien Desagneaux (un parlementaire)
Louis Saintève (un parlementaire)
Jean Sylvain (un parlementaire)
Victor Tabournot (un parlementaire)
Christian Brocard (un spectateur à l’opéra)
Paul Dupuis (Neipperg)
Christian Fourcade (Bonaparte, enfant)
Guy Henry (le maréchal Brune)
René Sarvil (un Marseillais)
Francis d’Orthez (le petit Léon Denuelle)
Yannick Malloire (la petite Pellapra)
Jean-Pierre Maurin (Eugène, enfant)
Jean-Pierre Pascal (Bourrienne, enfant)
Gérard Renateau (Antommarchi)
Claude Rey (Lætitia, jeune)
Marcel Rey (Charles Bonaparte)
Jacques Maffioli (Constant)
Marcel Vergne (Roger Ducos)
Marcel Raine (le général Duteil)
Maurice Martelier (Gonthier)
René Favart (le comte Otto)
Michel Nastorg (Masséna)
André Roanne (M. de Remussat)
Jacques Bertrand (Maréchal Mac Donald)
Jacques Sablon (Robespierre le Jeune)
Sofiane Cisse (Roustan)
Georges Spanelly (Salicetti)
Maurice Maillot (le maréchal Soult)
Constantin Neppo (le tsar Alexandre)
Claudy Chapeland (Alexandre Walewski)
Jean Mouhnir (le cheik El Beckrir)
Maurice Brutus (le duc de Fleming)
Pierre Would (le maréchal Pérignon)
Philippe Beharn (le maréchal Suchet)
Marcel Trompier (le maréchal Bessières)
Stéphane Prince (Martini)
Bernard Dhéran (Bourrienne)
Jean-Pierre Mauriac (le prince Eugène)
Louis de Funès (Laurent Passementier, un soldat)
Christiane Blondell (Mme Carteaux)
Madeleine Vernet (Madeleine)
Jacqueline Marbaux (Mme Talleyrand)
Michèle Nadal (une danseuse)
Anthony Carretier (le général Augereau)
Jean-Marie Robain (le comte d’Artois)
Jean-François Martial (le général Dugommier)
Jean Degrave (Davout)
Félix Clément (Gasparin)
Raphaël Patorni (Linglet)
Jacques Fayet (Eugène de Beauharnais)
Betty Beckers (une merveilleuse)
Michèle Ginesty (une merveilleuse)
Janine André (une merveilleuse)
Liliane Piquet (une merveilleuse)
Catherine Brieux (une merveilleuse)
Colette Brumaire (une merveilleuse)
Dora Doll (une merveilleuse)
Jacqueline Chambord (une merveilleuse)
Olga Nielsen (une merveilleuse)
Yvonne Hebert (une merveilleuse)
Paulette Andrieux (une merveilleuse)
Michèle Bernard (une merveilleuse)
Noëlle Bourdin (une merveilleuse)
France Degan (une merveilleuse)
Françoise Jacquier (une merveilleuse)
Nadine Tallier (une merveilleuse)
André Chabrol
Jacques Bézard
Maurice Bénard
Max Amyl
Gaston Rey
Lucienne Lemarchand
Sami Frey

Production
carré

Réalisation (Sacha Guitry)
Production (Clément Duhour)
Direction de production (Gilbert Bokanowski)
Sociétés de production (Les Films C.L.M - Film Sonor - Francinex - Rizzoli Film - (Franco-Italienne))
Société de distribution (Cinédis)
Genre (biographie, drame, film historique)
Durée (03:02:00)
Année de production (1954)
Pays de production (France/Italie)
Scénario, Adaptation, Dialogue (Sacha Guitry)
Assistants réalisateur (Patrice Dally, Gérard Renateau, Jean Vivet)
Conseiller (et réalisateur) pour les batailles (Eugène Lourié)
Images (Pierre Montazel, Roger Dormoy, assistés de Ghislain Cloquet)
Opérateurs (Louis Née, Henri Tiquet, John Von Kotze, Raymond Letouzey, André Dumaître, Marcel Franchi, Jean Lallier, Claude Robain)
Musique (Jean Françaix)
Direction musicale (Marc Lanjean)
Chanson (« Plaisir d’amour », interprétée par Luis Mariano )
Chanson)« Chanson des maréchaux », interprétée par Yves Montand, Armand Mestral et Clément Duhour)
Décors (René Renoux, assisté de Pierre Tyberghein)
Costumes (Monique Dunan, Paulette Coquatrix, Jacques Cottin)
Montage (Raymond Lamy)
Son (Joseph de Bretagne)
Maquillage (Roger Chanteau, Hagop Arakelian, Marcel Rey)
Scripte (Francine Corteggiani)
Photographes de plateau (Jean Klissak, Guy André,Maurice Déribéré)
Tournage (du 14 juin au 30 octobre 1954)
Format (couleurs (Eastmancolor) - 35 mm - 1,37:1 - mono)

Critique

Combat, le 29 mars 1955
carré

Reprocher à ce narrateur ses erreurs, fautes ou omissions historiques, cela devient oiseuse occupation et par trop facile divertissement pour ne plus amuser personne. Il est évident que Napoléon tel qu’il dut être n’a, pour Guitry aucun attrait, celui de la légende non plus, celui .tel qu’il fut (ou tel que Jean Savant le démonte) demanderait de l’humour à un, homme qui a plus l’esprit, des mots qu’il fait que celui de la drôlerie des choses. Alors, M. Guitry s’en va glaner chez lui-même, dans ses pièces anciennes, dans les histoires qu’il raconte en société, dans tout un fonds de commerce qu’il tient depuis bien des années. Lassé de lui-même et des autres, il prévient la critique historique... avec un mot. Il fait dire à Talleyrand, à propos de la présence de Mme Lætitia dans le Sacre tel que le peignit David : « David était un artiste, non un historien. »

Bien entendu, le mot est faux dans ce sens-là, ce visage n’ajoutait rien à l’art ; Guitry eût dû dire « courtisan », pour artiste, mais ceci lui écorcha la langue. Ce lui est l’occasion, en défendant les droits de l’artiste, de rendre hommage à cet autre Napoléon qui, après un demi siècle, vit toujours sur les écrans, celui de, Gance, artiste visionnaire qui avait en effet préféré art et légende à la sordide vérité historique.

Le Napoléon que M. Guitry nous offre n’a pas les irritantes négligences du Versailles. Il est las. très las. C’est peut-être une des œuvres les plus émouvantes de Sacha Guitry, car l’auteur met bas son masque flambeur ; il abat toutes ses cartes et il montre au grand jour ses traits de Pierrot mélancolique.

Ceci est une sorte de message où. sous des costumes fringants, sous des visages qui ont des noms de boulevards, l’amuseur avoue que ce monde ne l’amuse plus. Prétextant le fait — historique, celui-là — que les généraux sortaient du peuple, il en fait d’affreux parvenus semblables à tous ceux du marché noir, balourds, maladroits, engoncés dans leurs déguisements, vulgaires dans l’âme et gênants à considérer... Ils étaient quand même des aventuriers, des pourfendeurs et (Jean Savant dixit ) des gens qui savaient vendre leur peau très cher en essayant de la conserver !

Mais Sacha Guitry préfère renverser le jeu d’échecs et ramasser au hasard des pions qu’il regarde, éclaire et rejette d’une main qui ne griffe plus. Il a renoncé à la plupart des effets verbaux et répète sans cesse au domestique qui annonce les visiteurs : .« Qu’il entre ». C’est plus un défilé qu’une histoire. Son mépris des acteurs, il l’avoue une fois encore en les escamotant aussitôt qu’apparus et semble vouloir souligner combien était lourde cette mode qui donnait à toutes les femmes la taille de leurs hanches. Seule Michèle Morgan est un peu considérée, encore qu’on lui fasse dire, à propos de Marie Walewska-Lana Marconi : « Gardons-la pour la bonne bouche ». A Pellegrin, le long récit doit son unité et parfois une certaine vraisemblance d’un personnage morose et solitaire porté par les événements.

Mais, planant par-dessus tout et donnant à l’ensemble son style désespéré et lent, il y a le masque tragique de Sacha Guitry, creusé, ravagé... Mieux vaut avouer une certaine stupeur effrayée et même une certaine admiration devant cet homme brisé qui veut continuer, qui veut encore offrir un spectacle et fait passer dans son texte la tasse de tilleul qu’il doit boire pour continuer.

Et puis, en face de ce monde qu’il voit cartonneux, faux et odieux, le collectionneur montre les choses qu’il aime : des vieux bois, des vrais tableaux, des œuvres de prix, des tapis et des tapis précieux... Et cette exposition n’exclut pas une ironie involontaire qui fait écrire à ces fantoches des lettres à l’encre pâlie sur des papiers que le temps a jaunis... Les papiers sont vrais.,. Dans l’action, ils sont posthumes. A cause de tout cela, Napoléon est un film pour lequel on voudrait tout d’un coup se montrer gentil.

R.M. Arlaud, Combat, le 29 mars 1955