Fiche technique

Distribution
carré

Sacha Guitry (Jean Martin, François Ier, Barras et Napoléon III)
Raimu (l’industriel du Midi)
Aimé Simon-Girard (Henri IV)
Jean-Louis Barrault (Bonaparte)
Romuald Joubé (Jean Clouet)
Claude Dauphin (le prisonnier italien)
Lyn Harding (John Russell, Henry VIII et l’aide de camp de la reine Victoria)
Ermete Zacconi (Clément VII)
Enrico Glori (Giovanni Riboldi, le camérier du pape)
Catalano (Giovanni Spanelli)
Marcel Dalio (le ministre éthiopien)
Émile Drain (Napoléon)
Gaston Dubosc l(e grand-duc)
Andrews Engelmann (James, le voleur)
Robert Pizani (Talleyrand)
Jean Coquelin l(e vieux bourgeois)
Pierre Magnier (le vieux lord)
Pierre Juvenet l(’expert-joaillier)
Henri Crémieux (le commissaire-priseur)
Di Mazzei (le révolutionnaire qui chante)
Ponzio l(e maçon qui chante)
Robert Seller (le prisonnier français)
Léon Walther (le duc Anne de Montmorency)
Georges Grey (le Hongrois jeune)
Derrick De Marney (Darnley)
James Craven (Hans Holbein)
Jacques Berlioz (le cardinal italien)
Anthony Gildès (le Hongrois âgé)
Julien Clément (le gigolo)
Percy Marmont (Le cardinal Wolsey)
Lautner (Le Titien)
Arletty l(a reine d’Abyssinie)
Cécile Sorel (la Française du Grand Siècle)
Jacqueline Delubac (Françoise Martin, Marie Stuart et Joséphine de Beauharnais)
Yvette Pienne (Marie Tudor, Élisabeth et la reine Victoria)
Simone Renant (la comtesse du Barry)
Théo Légitimus (Zamor, page de la Du Barry)
Barbara Shaw (Anne Boleyn)
Colette Borelli (Catherine de Médicis enfant)
Paulette Élambert Catherine de Médicis adolescente)
Marguerite Moreno (Catherine de Médicis âgée et l’impératrice Eugénie (1914))
Raymonde Allain (l’impératrice Eugénie (1865))
Huguette Duflos (la reine Hortense)
Lisette Lanvin (la petite amie de l’industriel)
Germaine Aussey (Gabrielle d’Estrées)
Jacqueline Pacaud (Jane Seymour)
Renée Saint-Cyr (Madeleine de la Tour d’Auvergne)
Pauline Carton (la femme de chambre du Normandie)
Damia (la femme du peuple)
Marie Leconte (la femme dans la misère)
Violet Farebrother (la vieille lady)
Rosine Deréan (la jeune Anglaise)
Laurence Atkins (la duchesse d’Etampes et Madame Tallien)
Oléo (la cocotte)
Marfa Dhervilly (la vieille courtisane)
Eugénie Fougère (la vieille coquette)
Lillie Grandval (le soprano-léger)
Paulette Dynalix (le petit rat)
Anaclara (la Négresse)
Gary Garland (une passagère sur le Normandie)
Marthe Mussine (une passagère sur le Normandie)
Annie Rozane (la Madone espagnole)
Gilberte Lauvray (la petite Française)
Marie-Claire Pissarro (la servante de Madame du Barry)
Géo Forster (un muscadin)
Darling Légitimus (La femme noire)

Production
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Réalisation (Sacha Guitry et Christian-Jaque (collaboration technique))
Scénario et dialogues (Sacha Guitry)
Assistant réalisateur (Guy Lacourt et Marc)
Production (Serge Sandberg)
Société de production (Cinéas, Imperial Films Production)
Société de distribution Films sonores Tobis)
Direction artistique (Jean Perrier)
Costumes (Georges Brenda)
Photographie (Jules Krüger, assisté de Marc Frossard)
Montage (William Barrache, Myriam)
Son (Marcel Comes)
Musique (Jean Francaix)
Pays de production) France)
Langue (français)
Format (Noir et blanc - 35 mm - 1,371 - Son mono)
Genre (Comédie historique)
Durée d’origine 01:58:00)
Année de production (1937)

Critique

Marianne, le 19 mai 1937
carré

Le nouveau film de Sacha Guitry est fin, spirituel, ingénieux, plein de fantaisie et de malice, d’un goût exquis, interprété à miracle. Hélas ! la mariée est trop belle. Il y a trop d’esprit, trop d’invention, trop de goût, trop de trouvailles, trop de splendeur et, surtout, trop de pellicule. Le spectateur, d’abord enchanté, n’est plus que charmé ; puis ravi, puis content, puis satisfait, pour finir par être presque ennuyé. Et pourtant, il n’est pas un seul sérieux reproche qu’on puisse faire à M. Guitry. Les dernières scènes ne sont pas moins bonnes que les premières. Chacune d’entre elles, prise en soi, est un petit chef-d’œuvre ou, en tout cas, une petite merveille. Pourtant, l’attention et l’enthousiasme du spectateur se lassent.

Je crois qu’il faut en voir la raison dans l’exquise fragilité du sujet.
C’est une idée ravissante qu’a eue M. Guitry pour « Les Perles de la Couronne ». Il est à peine besoin de la raconter. C’est l’histoire authentique des quatre perles poire qui ornent la couronne royale d’Angleterre. On les voit passer des mains séniles de Clément VII aux mains avides de Catherine de Médicis et de celles-ci aux mains pâles de Marie Stuart ; des mains décharnées d’Elizabeth aux mains grassouillettes de la reine Victoria. Vous imaginez quels plaisants détours M. Sacha Guitry put faire dans le temps et quelles notations tour à tour exquises, spirituelles et profondes ses incursions dans la France de François Ier, l’Angleterre d’Henry VIII, et l’Italie de Clément VII lui ont fourni le prétexte.

Le couplet adorable au cours duquel François Ier compare la France à un ballon est une des plus ravissantes choses que M. Guitry ait écrites et Dieu sait s’il en est. Son Henry VIII n’est pas moins plaisant, redoutable et historiquement exact que celui d’Alexandre Korda. Son Clément VII, supérieurement personnifié par le grand Zacconi, est d’une verve drue et d’un pittoresque au-dessus de tout éloge. Cette première partie, par sa nouveauté, son invention, sa réussite parfaite, est allée aux nues. L’histoire de Marie Stuart, qui suit, est d’un pathétique un peu usé. Et le charme et la grâce réellement touchants de Jacqueline Delubac ne parviennent pas à en renouveler l’intérêt. Mais elle fait une diversion saisissante à la première partie.

La courte apparition de la reine Victoria qui place les perles retrouvées sur la couronne nous fait croire le film terminé. Et c’est là, me semble-t-il, le seul défaut du film : Il finit quatre fois. L’histoire des quatre perles « officielles » terminée, M. Sacha Guitry entreprend de nous raconter l’histoire moins officielle de trois autres en tous points semblables à celle-ci. La première va d’Henri IV à Gabrielle d’Estrées, de Gabrielle d’Estrées à Madame du Barry (ceci avec des intervalles, bien entendu), de Madame du Barry à Bonaparte, de Napoléon à Joséphine, de Joséphine à Napoléon III, de Napoléon III à l’impératrice Eugénie et de l’impératrice Eugénie revient à la madone espagnole à laquelle on l’avait volée. Cette fin poétique, mystérieuse et sublime est digne de Sacha Guitry.

Mais il faut admettre qu’à ce moment du spectacle les empereurs ne nous épatent déjà plus et que Napoléon lui-même a toutes les peines du monde à se distinguer de la troupe de rois de grande qualité qu’on nous a déjà montrés. L’histoire de la première perle terminée, M. Sacha Guitry doit commencer celle de la seconde, puis celle de la troisième. Et c’est là que devient particulièrement sensible le défaut que je signalais tout à l’heure.
L’intérêt se ralentit à ce moment-là. Pourtant, ces dernières scènes sont d’une ironie superbe.

La seconde perle s’est conservée pendant des siècles dans une famille anglaise. Ca été la dot des jeunes filles. Et, un soir, dans un tripot, cette bague acquise au jeu est perdue au jeu. On s’aperçoit alors qu’elle était fausse et que, pendant des générations, on a conservé avec soin un trésor sans valeur. La troisième, et c’est l’idée la plus jolie, a toujours servi à l’amour. Elle a toujours passé "des hommes aux femmes et des femmes aux hommes pour acheter l’amour.

Certaine scène au cours de laquelle Cécile Sorel jouant l’arrière-arrière-petite-nièce d’Agnès Sorel se sert de ce bijou pour obtenir les grâces d’un beau chevalier d’industrie atteint un tragique grinçant presque insupportable. C’est naturellement de cette perle que le Méridional Raimu se servira pour tenter de séduire la délicieuse Jacqueline Delubac. Il n’y parviendra pas et la perle finira au fond de la mer, dans l’huître dont on l’avait tirée.

Je le répète, c’est la rupture du récit et cette rupture seulement qui nuit au film. Chaque scène est en soi une réussite formelle. A peine peut-on trouver moins heureuses Ja scène de Henri IV et celle de Napoléon. Par contre, la scène de Napoléon III est d’une drôlerie irrésistible et certaine scène à la cour d’Ethiopie, jouée par l’étonnante Arletty et le clown merveilleux que peut être Dalio est d’une bouffonnerie supérieure qui n’a encore été égalée que par les Marx Brothers et certains W. C. Fields. Quant à l’interprétation, elle est remarquable. Sacha Guitry et Raimu ont eu l’honneur de jouer « les Perles de la Couronne » avec Ermete Zacconi, Lynn Harding et une extraordinaire constellation d’étoiles de toutes nationalités. Le dialogue est ce que peut être un dialogue de Sacha Guitry, c’est à-dire éblouissant.

Je sais un de mes amis, grand amateur de théâtre, qui me disait : « Quand je lis une pièce de Sacha et qu’un personnage pose une question, j’ai l’habitude de cacher de ma main la réponse et d’essayer de la deviner. Le miracle, avec Sacha, c’est qu’on ne devine jamais. » Les décors sont superbes. Celui du port de Marseille où Sacha-François 1er va accueillir Clément VII-Zacconi a été justement acclamé. Christian Jacque a apporté à M. Guitry une collaboration technique des plus efficaces. En résumé : un film à voir en détail. En tous ses merveilleux détails,

Marcel Achard, Marianne, le 19 mai 1937