Fiche technique

Distribution
carré

Michèle Alfa, Roger Bourdin
Aimé Clarion, Jean Cocteau
Paul Derenne, Geori Doué
René Fauchois, Jacqueline Francell
Sacha Guitry, Jean Hervé
Jacques Jansen, Charles Pàzéra
Hélène Perdrière, Suzy Prim
Madeleine Renaud, Denise Scharley
Jacques Varennes

Production
carré

Réalisateur (Sacha Guitry)
Producteur (Sacha Guitry)
Auteur de l’œuvre originale (Sacha Guitry)
Musique originale (Henry Rabaud)
Genre (Documentaire historique)
Durée (00:58:00)
Année de production (1944)
Pays de production (France)
Image (Noir et blanc)
Son (Sonore)
Métrage (Court)

Critique

Le petit Parisien, le 05 mai 1944
carré

Jeudi soir, au théâtre de l’Opéra, M. Sacha Guitry présentait en un film son livre : de 1429 à 1942. Les chiffres sont semblables, les situations identiques, nos terres fendues, sinon défendues, et une même grande pitié règne au royaume de France.

De Jeanne d’Arc à Philippe Petain. De la rosée sainte au crépuscule d’un Dieu.
Cinq cents ans d’histoire entre deux clartés : du bûcher de Rouen, de ses hautes flammes, aux sept étoiles qui brillent, si pures, dans notre nuit.

Sur l’écran, le livre. Rien sur la scène qui eut compromis d’un éclat emprunté, la sobriété et la richesse de l’œuvre qui nous était montrée. Juste quelques mesures originales du maître Henri Rabaud pour nous situer dans un climat de grandeur et le rideau s’ouvrait sur le livre, digne d’un joyau d’un pareil écran.Notre émotion, notre joie furent religieuses : j’en appelle à ceux qui étaient là.Les cœurs battaient si forts que les mains restèrent muettes. Que de splendeurs dès les premières images : d’Utrillo à Bernard Naudin, en passant par Jean Foucquet, Corneille de Lyon, Clouet, Le Nain, Nicolas Poussin, de Despiaux à Jean Gonjon en rencontrant Puget et Germain Pilon, duc de Broglie à Jean Giraudoux, en croisant le R.P. Sertillange, Maurice Donnay et Paul Valery.

Et cela continue pendant cinquante-deux minutes qui demandèrent cent quatre semaines d’un labeur incessant d’un homme infatigable et prodigieusement doué ! Mais quelle récompense pour l’auteur, pour le guide, pour cette salle qui seblait conjuguer le verbe "revivre" pour la première fois depuis si longtemps... Minutes incomparables lorsque, Henri Rabaud ayant repris la baguette, montèrent vers nous les accents voilés et encore lointains "d’amour sacré de la patrie"...

Merci à Sacha Guitry, merci à tous, à ceux qui permirent, à travers maintes difficultés une semblable réalisation où il semble que les Dieux jouent aux Graces avec des couronnes de lauriers. Et l’on pouvait, les chandelles éteintes, voir partir, le soir encore clair, les souscripteurs serrant bien fort leur volume dans les bras, car si Atlas, portait seul le monde, chacun d’eux pensait : "moi j’emporte la France"...

J.A., Le Petit Parisien , le 6 mai 1944