Parce qu’il fait rire Adhémar se considère comme le jouet de la fatalité. A son état civil déjà surchargé de prénoms — Ignace, Barnabe, Ernest (le Rebelle), Emile (l’Africain), Boniface, etc. Fernande ! vient d’en- ajouter un nouveau : Adhémar. Ce n’est -certes pas un film où- il nous révèle un aspect inconnu ou rare de son talent, comme dans Angèle ou L’ Armoire volante mais au contraire une œuvre faite spécialement pour lui, qui prend pour sujet la bouffonnerie de son personnage : le Fernandel classique aux mines ahuries et au rire chevalin.
Adhémar se présente comme « le jouet de la fatalité », parce qu’il est doté d’une tête qui fait rire. Ce vice rédhibitoire lui vaut de ne pouvoir se maintenir dans les divers emplois qu’il exerce tour à tour : croque-mort, souffleur dans un théâtre, gar de-malade, « physionomiste » dans un casino. Dans le domaine sentimental, mêmes déboires : toutes les femmes qui ont touché son cœur lui ont ri au nez. Désespéré, Adhémar demande asile dans une sorte de pension de famille pour phénomènes meurtris par leurs contacts avec la société. Mais à voir réunies tant de têtes caricaturales, Adhémar éclate de rire, c’est bien son tour ! Et ce rire Inconvenant le fait immédiatement expulser. Peu importe, l’expérience n’a pas été vaine : Adhémar a compris la vertu du rire et il accepte de faire de son don un métier... en devenant clown.
Ce scénario pouvait donner lieu à une sorte de petit conte philosophique du meilleur goût. Mais Sacha Guitry, qui en Est l’auteur, a manqué de rigueur et de vraie humanité : il s’est contenté de quelques répliques brillantes et d’effets plus ou moins faciles. Les sketches s’ajoutent aux sketches et certains sont fort réussis, mais on ne sent pas dans Adhémar ce profond et pudique courant de générosité qui fait les grands comiques, c’est-à-dire les grands moralistes : Charlot. par exemple.
H.J. Dupuy, Ce Soir, le 26 septembre 1951